La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

.MOUVEMENTS SOCIAUX EN ITALIE conséquences de cette misère noll\·cllc et du manque de traYail se font sentir plus vivement. En effet, ils se sont multipliés rapidement sans que la richesse se soit développée parallelement (bien plus, cette richesse a évidemment diminue) et sans la compensation d'une forte émigration. Ariccia aYait 1,900 habitants en 1870 et 3,000 en 1881; Monte Compatri est passé rapidement de 1800 a 4,200. Ainsi du reste. On dit que c'est là une surpopulation relatiYc et qui disparaitra avec des transformations sociales. Je ne le nie pas; mais reste toujours que c'est une surpopulation; les conséquences du fait se dérouleront donc tant que ces transformations sociales ne se seront pas réalisées ( r). Si la misere est un mal intolérable, quand on a conscience qu'elle est l'effet des lois naturelles, on peut imaginer la haine qu'elle doit exciter lorsqu'elle est la conscqucnce d'institutions sociales iniques, de spoliations qui devraient donner lieu a des pénalités préYucs et à des restitutions, imposées d'ailleurs par le code en vigueur sous le régime social actuel. En Sicile et dans le Midi, cette course aux spoliations et aux usurpations au détriment de la collectivité est en quelque sorte enrayée; en effet, ces délinquants de la bourgeoisie bourgcoisantc et de l'aristocratie ne sont pas de date ancienne. Dans le Latium ne sont pas encore périmées les antiques institutions qui assuraient certains « us » civiques et certaines formes primitives de propriété collective; en effet, les procès contre les usurpateurs ne sont pas encore terminés, dans certains endroits; et dans certains autres, par exemple à Marino, on a le droit de supposer que les pauvres, par la faute de l'administration municipale, asservie à une maison princière, ont été frauduleusement spoliés de la terre qui leur appartenait (2). D'où une légitime irritation; on se demande même comment elle n'a pas donné lieu encore à des explosions plus graves que celles de l'an passé. Les troubles des autres parties de l'Italie sont arrivés sans que, (r) On peut se rendre compte de ce rapide accroissement par ce fait : dans la commune de Marino, les impôts indirects rendaient 120,000 lires par an; aujourd'hui ils rendent à peine 60,000 lirès. Marino ne compte que 8,000 habitants environ. (2) Les avantages de l'antique propriété collective de la terre, sans doute par.suite du misonéisme incurable dont était affecté le gouvernement pontifical, se conservèrent plus nombreux qu'ailleurs dans l'antique État romain. Beaucoup disparurent avec les lois sur l'abolition de la servitude << prédiale » en 1888. A cette époque, ce fut en vain que les députés Pantano et Costa défendirent le droit des déshérités et des pauvres. Le peu qui en resta, après 1888, on chercha à,le sauver avec les lois sur l'c;1rganisationdes domaines collectifs dans les provinces de l'ex-État pontifical. Ce projet, portant la signature des députés de tous bancs, fut présenté en février 1893 par M. Tittoni; après des vicissitudes variées il devint loi de l'État. Néanmoins le gouvernement a toujours appliqué la loi au mieux des intérêts bourgeois. C'est ainsi que, même depuis la loi Tittoni, les pauvres pasteurs de Segui ont été spoliés de leur droit· de pâtu~e sur _lesdomaines communaux.

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