La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE quelques centaines de kilomètres du siège de Kuang-Si. Ç'a ètè, pour beaucoup de gens, un objet de stupcfaction que le débarquement soudain, en novembre dernier, des fusiliers de Guillaume E sur le littoral de la Chine. Depuis, on a pénctré avec plus de sagacité les projets du Hohenzollern, qui aime à étonner. Le discours solennel qu'il a adressé à son frcrc Henri, en partance pour !'Extrême Orient, a fait sourire dans notre Occident. Il est ridicule dans la forme : soit, mais le fond est fort sérieux. L'Allemagne prétend être un des principaux agents du boulc:verscment de la Chine, et compenser par un large butin asiatiq uc l' exiguïtc de son domaine africain. La Grande-Bretagne aurait manqué à toutes ses traditions si elle n'avait pas réclamé du Tsong Li Yamcn un dédommagement. Elle s'est taillé la part large, si large même qu'elle serait fort en peine de se l'approprier pour le prcsent. La Chine lui a garanti que la v:lllée du Yang-Tsé - une bonne moitie de l'empire- ne passerait jamais sous la domination étrangère. Pour qui sait lire entre les lignes et qui connait les préccdents de l'expansion exotiquè, cela signifie que le cabinet de Londres s'arrrogc un droit de priorité sur la partie la plus dense en hommes et la plus fertile en richesses des États du Fils du Ciel. La [rance n'avait encore rien, ou presque rien : de yagues promesses de concessions de chemins de fer, lorsque le Times a analysé, vers le 19 mars, une note adressce pat M. Hanotaux à la cour de Pékin. Il a fallu que la nouvelle nous en parvînt - comme d'habitude- par le canal de la presse de Londres. L' Académicien qui triomphe au quai d'Orsay a d'ailleurs ncgligc, jusqu'à la date où nous écrivons-28 mars -de confirmer ou d'infirmer les renseignements de source britannique. Dans la déclaration qu'il a lue à la Chambre le 26, il n'a consacré qu'un très court et très insignifiant alinéa aux affaires de Chine. Il a simplement laissé entendre que le cabinet de Paris avait pris des mesures pour sauvegarder le rayonnement économique du Tonkin: grâce au filet du Times nous savons que ces mesures consistent surtout dans la soustraction du Yunnan, du Kuang-Si et de deux autres provinces à toute pénétration étrangère. Nous ne ferons pas ici à M. Hanotaux le reproche d'avoir revcn<- diqué trop peu oc1, suivant sa propre expression, d'avoir « ramassé des miettes là où d'autres saisissaient des mondes ». Soucieux d' envisager au point de vue de l'économie sociale de l'Occident et du monde le phénomène éventuel de l'absorption de la Chine, nous laisserons de côté la question diplomatique. Nous ne mesurerons pas en kilomètres carrés, en vue de confrontations plus ou moins spécieuses, les zones d'actions 1très mal délimitées que les chancelleries se sont attribuées. Nous ne reviendrons pas même sur le rôle effacé que nos cabi-

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