LE PARTAGE DE LA CHINE déconcerté, inquiété les convoitises. Bi,~n que la France et l'Angleterre eussent jadis, en un instant, forcé les portes de sa capitale, elle restait enveloppée dans la pénombre tutélaire d'une histoire sans commencement. Le Japon a rompu le charme. Les victoires de ses généraux et de ses amiraux, au cours de la campagne de 1894--1895, ont démontré la faiblesse du Céleste Empire. A voir la lenteur de ses mouvements, l'indolence de ses ripostes, on a compris que la sève avait déserté ce corps immense et que la cohésion lui manquait. Cette fourmili~re d'hommes n'a pas pu mettre assez de soldats sur pied pour refouler l'envahisseur. A Simonosaki, le Fils du Ciel accepta des conditions léonines telles - toutes proportions gardées- que celles dont la Turquie avait admis l'inscription dans le pacte de San Stefano. Le Mikado venait d'im prit;er le premier ébranlement; l'Europe se p~écipita sur sa trace. Elle comprit que l'heure avait sonné de préparer l'avenir : elle s'empressa au chevet du nouvel « homme malade )). Il y avait deux façons de se faire coucher sur son testament : ou se mettre du côté de la force sanctionnée par un traité, et flatter le Japon, ou affecter quelque sympathie pour la cour de Pékin et reviser la convention de Simonosaki. La Grande-Bretagne saisit la première, qui lui parut plus pratique et plus expéditive; la France, la Russie, l'Allemagne se posèrent en champions de l'intégrité de la Chine : les quatre puissances nourrissaient d'ailleurs les mêmes desseins : on l'a bien vu depuis. La Russie qui venait de jouer le même rôle que l'Angleterre, après San Stefano, a été aussi la première servie. Elle n'expulsa le Japon de Corée que pour prendre sa place; elle installa à Séoul, la c·apitalc, un conseiller financier qui fut un véritable vice-roi. Ce personnage s'est, il est vrai, retiré tout derniérement. Mais la main-mise du czar sur -la presqu'île reste tout aussi effective. Nicobs II, par la convention Cassini, a étendu sur la Chine du Nord une influence que nul n'oserait contrecarrer. La prolongation du Transsibérien à travers la Mandchourie, la concentration permanente de forts contingents de, troupes .\ Vladivostok; enfin et surtout l'occu.pation de Port-Arthur sur le Petchili, complètent à merveille l'œuvrc que l'empire moscovite a poursuivie si patiemment dans l'Asie du Nord. Le jour où Pékin sera à prendre - en dépit des appétits du Japon qui revendiquera des droits éminents, et ou gronde un chauvinisme intempérant, -· la Russie aura une hypothèque de premier rang. Il convient d'ajouter que l'Allemagne en posséde une autre. Son établissement à Kiao-Tchéou, dans la province de Liao-Toung, lui per:. met d'entretenir des troupes et de mettre des vapeurs sous pression a
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