La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE établissement en Guirn'.:e o·u au Soudan. L'Allemagne, frémissante de la fièvre d'expansion, est tard venue dans l'histoire des conquêtes· exotiques. La Russie n'a\'ait qu'à se livrer à sa pente pour se devcrser sur !'Extrême-Orient. Le Japon était trop près de Pékin po1,1rne pas en· convoiter la traditionnelle influence .... Nous n'en sommes pas encore à la distribution définitive de l'Empire du Milieu. Le stade des occupations effectives n'y est pas encore ouvert comme dans les sultanats du lac Tchad. - C'est sur le papier aujourd'hui - et avec beaucoup de délicatesse, qu'on procède aux préliminaires du morcellement. Mais dans les seules ambitions qui se sont accusées, dans les visées que depuis trente-six mois les chancelleries d'Europe ont laissé percer, on saisit le germe d'une révolution d'une incomparable portee. Il nous convient dès à présent de fixer les traits essentiels de ce futur bouleYersement. Il n'intéresse pas uniquement l'histoire diplomatique, les annales de gloire de tel ou tel État; il touche à l'economie, à la structure sociale de l'humanité tout entière. Il est trop gros d'éventualités, en son processus logique, pour qu'on n'essaie pas d'en prévoir et d'en prc'.:ciser les suites diverses. Ce que nous pourrons dire de la pénétration européenne en Chine s'appliquerait sans doute aussi à l'immixtion de la race blanche au Soudan, au Congo, ou ailleurs. Mais comme les conditions de peuplement du Céleste Empire sont tres spéciales, comme il est déjà à bien des égards organisé, qu'il est apte à devenir une des plus grandes officines de production et d'échange de notre globe, et que la race jaune l'emporte de beaucoup en puissance et en fé..::ondité de travail sur la race noire, ce pays sollicite, plus que toute autre contrée e1wahic, les conclusions, les déductions du socialisme. * * * li a fallu que la conquête du monde fût à peu prés achevée, qu'il n'y eût plus rien à prendre ni en Afrique, ni en Amerique, ni dans les archipels Oceaniques pour qu'on entamât la Chine. A première vue, le phénomene peut étonner. Cet empire était connu bien avant que Christophe Colomb en eût fait la découverte, ou que les Hollandais se fussent établis dans !'Insulinde. Ses relations avec l'Occident remontent au Moyen-Age. Il offrait d'autant plus d'attraits que sa culture était plus avancée. C'est justement ce développement d'une civilisation brillante qui a écarte jusqu'à cette heure les assauts des puissances européennes. On a cru la Chine plus forte, plus organisée, plus centralisée qu'elle n'était en réalité. On a prêté à sa constitution interne, à son administration, des mérites imaginaires. Et puis le mystère de ses masses grouillantes, de ses grandes cités, de ses fleuves charriant la vie, a

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