La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

REVUE DES LIVRES un mot, vivent du travail de leurs bras, sont dans une condition d'infériorité vis-à-vis de la classe ri<;_hequi les exploite. Il va même plus loin que tous les écrivains ses prédécesseurs dans cette voie de réformes et de dispositions législatives, qui n'ont aucune efficacité immédiate pour la classe ouvrière, mais servent toutefois à accroître les sympathies dont elle a su s'entourer. Car M. Pellegrini non seulement reconnaît la légitimité des critiques socialistes, mais il est aussi d'avis que le triomphe du prolétariat :eprésentera en définitive un grand progrès (pag. 3 1, 32). Ce progrès s'accomplira, selon l'auteur, par deux voies différentes : d'un côté les prolétaires recevront leur part des bienfaits de la civilisation bourgeoise et de l'autre ils apporteront, par l'effet d'une loi appelée par M. Pellegrini loi despeuplesje1111e(pserla leggedeipopoligiovani), une nouvelle civilisation. Les exemples cités pour établir l'exactitude de cette loi ne sont pas des mieux choisis, mais le principe n'en demeure pas moins vrai. L'erreur de M. Pellegrini -:-- erreur qui a du reste très peu d'importance - consiste ici dans une confusion évidente entre les différentes cl::issesd'un même peuple, qui tendent toutes à se mettre au même niveau de civilisation et les peuples eux-mêmes, parfois les plus disparates, qui se succèdent dans le rôle si envié de chefs, ou bien de guides de l'humanité. Disons encore que M. Pellegrini n'a pas eu crainte d'exposer, lui aussi, un nouveau plan pour résoudre promptement la question sociale. Pourquoi, demande-t-il, le capital se perpétue-t-il dans l'entreprise, une fois que la production est commencée, tandis que le capital-travail doit se renouveler à chaque instant? Les économistes répondent que les ouvriers reçoivent un salaire et que, par conséquent, ils sont dùmcnt payés pour leur peine. Mais M. Pellegrini riposte à son tour que le capital reçoit aussi son salaire sous forme d'intérêt et que cependant son heureux possesseur en jouit toujours en maître et peut même le transmettre à ses héritiers. Moyennant cet étrange droit d'nccessio11 ( c'est l'auteur même qui emploie cc mot), tous les bénéfices de l'entreprise reviennent au capitaliste, lequel, petit à petit, achève ainsi de dépouiller le travail. Pour faire disparaître cette criante 1111ustice,il faudrait prélever sur le produit, en même temps qu'une somme destinée à récompenser les patrons ou les actionnaires, une autre somme qui, ajoutée aux salaires déjà payés le long de l'année, correspondrait à la valeur intégrale du travail. C'est-à-dire que si l'on prélève sur le produit brut une certaine somme pour les matières premières, une autre somme pour le maintien en bon état des ateliers, les intérêts pour le capital, les bénéfices pour l'entrepreneur, etc., on devrait prélever, en même temps, une autre somme - outre les salaires déjà payés, répétons-le - pour le travail. De cette façon, conclut M. Pellegrini, le produit brut serait réellement séparé des deux capitaux, qui ont été employés dans la production. Car le travail aussi est un capital. L'ouvrier coûte de l'argent avant de pouvoir en gagner et il s'use vite, tandis que Je capital, dan~ la signification plus précise du mot, demeure ét~rnel tout_ en changeant quelquefois de propriétaire. Nous avons reproduit très fidèlement l~~ arguments d~. M. Pellegri~i, mais sa solution de la question .sociale, qu'il oppose à tort à la solution so~ia-

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