LK R-EVÛE SOCIALISTE appxeml·que c'est plutôt, sous la forme d'une curieuse biographie, une nouvelle série d'impressions et de pensées que M. Rainaldy rapporta de la caserne et par ailleurs des réunions anarchistes. Le sujet en est simple : Pierre Delcros, après avoir, à Paris, fait le désespoir de sa famille en s'endettant au lieu d'étudier, s'engage dans un bataillon de chasseurs alpins, près de Nice. « Carmée, écrit-il à son père, n'est-elle pas la grande protectrice? Ne reçoit-elle pas tous ceux qui promettent de lui être fidèles, et, en récompense de leur fi.délité, ne les aime+elle pas comme une mère et comme une maîtresse? » Hélas! son bel enthousiasme tombe vite sous la morgue insolente, tracassière et bassement jalouse des sergents, la méchanceté sournoise, bête et hargneuse d'un adjudant; l'indifférent dédain des officiers. Comme ses camarades, il essaie de se résigner et demeure, lui qui avait rêvé d'épaulettes et de galons, le soldat méprisé, habitué de la salle de police, qui rôde de bureau en bureau, qui cherche à esquiver corvées et exercices pour dormir de longues heures étendu sur son petit lit, en songeant à là libération. De longues années se passent ainsi et Delcros libre enfin revient à Paris, avec un petit héritage qu'il tient de ses parents. Il est sorti de l'armée aigri, prêt à la révolte. La pitié qu'il sent naître en' lui pour les déshérités, les misérables, ceux qui souffrent comme il a souffert, se change peu à peu en un sentiment plus violent. Il appelle de tous ses désirs le règne universel de la Justice et de l'Amour. Mais ses vœux comme ses projets sont confus et il se borne à distribuer à l'aventure son petit patrimoine. Là, encore, il éprouve d'amères déceptions : « Il recueillit chez lui deux vagabonds avec lesquels il partagea son lit : .::hacun un matelas. L'un d'eux lui donna des poux, mais c'était .un brave homme; le second lui enleva une montre, - la montri; qu'il tenait de son grand-père : un souvenir, - puis il disparut. . • Delcros veut faire mieux. Il fréquente des réunions anarchistes et y acquiert la conviction qu'il est de son devoir de travailler à la destruction de notre état social. Il prépare une· bombe, la jette dans un théâtre, passe en cour d'assises où il renouvelle les réponses d'Etiévant à ses juges et marche à la guillotine avec l'ironique courage d'un condamné célèbre dont parle M. Goron dans ses Mémoires. Telle est la trame du livre de M. Rainaldy. Le seconde partie en est moins nette que la première. Delcros est un instinctif qui obéit à ses propres révoltes, qui n'analyse que ses propres besoins, ses sentiments de haine ou de pitié ; il vit en soi-même, seLtlelui importe sa conception de la justice et, pour l'imposer au monde, il tue ses contemporains. C'est là une intéressante psychologie que M. Rainaldy a seulement esquissée. Il a omis de·nous exposer quels rêves hantaient Delcros, et nous y avons perdu un intéressant exposé d'idées. On ne peut discuter un personnage qui est d'ailleurs nettement de.ssiné, on regrette de ne voir qu'une ébauche là où le talent de l'auteur faisait prévoir -un portrait délicat.·
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