La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

L'.AGITATION MILITAIRE ET RELIGIEUSE 343 procès Esterhazy, devant les étrangetés, pour ne pas dire plus, que révèlaient les dètails de la procédure parvenus au public, il app:m1t à tous qu'on venait d'assister à une comédie judiciaire, dont le scén:irio avait été arrêté et réglé d'avance par l'autorité militaire supèrieure; d'ou l'induction toute naturelle que celle-ci avait à dissimuler des faits graYes, redoutables, susceptibles de porter une atteinte irrémédiable a la considcration fétichiste dont on entoure en France les choses de l'armée. Alors M. Zola publia sa lettre fulgurante, et les colères se dèchainèrcnt en tempêtes, grandissant et s'exaspérant jusqu'à la dernière minute - jusqu'au verdict du jury, rendu sous la pression extérieure de soldats et d'avocats antisémites, acharnes après k grand écrivain comme ils ne l'auraient pas eté cnYers le dernier des bandits. AYant de rechercher les causes déterminantes de l'agitation à laquelle nous avons assisté, il faut signaler en passant que les auteurs de la tentative de rehabilitation de l'ex-capitaine Dreyfus ont eu leur part de responsabilité dans l'cclosion des colères et des suspicions qui ont égare les esprits, tourne contre eux ou condamné à la neutralité bien des sympathies latentes, prêtes a se Youer à une œuvre de justice abstraite, même sans avoir, comme M. Zola, des motifs personnels pour se conYaincre qu'elles travaillaient à une œuvrc de réparation judiciaire positiYe. Les défenseurs du capitaine Dreyfus recoururent, en effet, pour communiquer avec l'opinion et le gouvernement, à des journaux et à des hommes politiques justement suspects, les premiers, pour leurs habitudes de vcnalité bien connues, les seconds, pour leur immoralité personnelle non moins notoire. Au début, M. Zola, dans ses lettres à la jeunesse des écoles et à la France, sembla aller <le gaieté de cœur au devant des sourires et des haussements d'épaules des gens les moins prévenus contre lui, en faisant l'apologie d'une génération d'hommes publics corrompue, qui ont créé précisément l'état de choses et d'esprit sous lequel se débat l'auteur de Germi11al. Évidemment M. Zola n'a qu'une connaissance très vague, une aperception très confuse des milieux politiques contemporains, des courants populaires susceptibles de se former; sans quoi il eût hésité, dans l'intérêt de la cause qu'il prenait en mains, à entrer dans la lice appuyé sur l'autorité de gens aussi peu recommandables et si violemment antipathiques. Disqualifiés et partant impuissants a exercer une pression efficace - au besoin énergique et menaçante - sur le gouvernement, si c'est celui-ci qu'on voulait amener a la revision du procès, l'adhésion de ces hommes, même discrète, à la campagne par laquelle on voulait gagner le gros du public, devenait l'obstacle le plus sérieux à la popularité de cette campagne. D'une façon comme de l'autre, leur

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