La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLEIDtALE affirme sa personnalité, la prostituée déchoit et recule dans l'ombre propice aux actes illicites. Bien plus que le christianisme et ses pn:dications de chasteté, l'invasion germanique qui a refondu le vieux monde gréco-romain ~ eu part dans cet amoindrissement moral de la prostituée. L'Hélène moderne chantée par Goethe dans le second Faust n'est pas un produit du christianisme, elle est bien la fille des chastes guerrières dont est peuplé le Walhalla germanique, et le mystique ascétisme oriental du christianisme ne séduisit les peuples dont est née la civilisation occidentale que parce qu'il exprimait un idéal auquel, grâce à l'action féminine exercée sur eux, ils attachaient le plus grand prix. La pitié que la littérature de la seconde moitié de ce siècle témoigne à la prostituée et qui coïncide avec de très sérieux efforts pour émanciper la femme des servitudes familiales semble impliquer contradiction. Il n'y a contradiction qu'en apparence : ce que la littér:llure plaint et parfois exalte, ce n'est pas la prostitution, mais la malheureuse qui est obligée d'y recourir pour vivre. Plus la femme aura le sentiment de sa liberté, plus elle développera en elle et en autrui le respect de sa personne; autant le don libre qu'elle fera d'elle-même à l'homme de son choix sera respectable, autant le commerce de son corps Iui attirera de réprobation. Mais encore une fois, aujourd'hui, si la reprobation, d'ailleurs trop souvent hypocrite, autant qu'illogique, du public s'attache à la profession, sa pitié et ses efforts dans le sens du relèvement moral doivent aller à la personne. Mais peut-on compter sérieusement la prostitution au· nombre des agents actuels de la démoralisation générale? Qu'on y songe bien : si le relâchement des liens familiaux a rendu à une onéreuse indépendance un grand nombre de jeunes femmes et si parmi elles il en est trop qui, rebutées par les durs travaux insuffisamment payés, tombent dans la prostitution (et c'est en effet dans les professions les plus mal rétribtiées ou les plus encom. brées, ce qui revient au même, que se recrute la masse des prostituées), rien ne démontre mieux qu'il suffira d'une modification économique dans le sens du socialisme pour tarir les sources de la prostitution, ou tout au mo~ns réduire celles qui resteront toujours ouvertes : la paresse et l'attrait du plaisir, et pour faire remonter à la dignité de femmes les malheureuses qui ramassent aujourd'hui leur pain où elles peuvent. C'est plutôt par contact que par contagion que la prostitution actuelle est un agent de démoralisation privée et publique. Tandis que la morale officielle continue de la réprouver et d'englober dans sa réprobation les femmes qui s'y livrent, le peu pie des grands centres d'industrie qui vit côte à côte avec elles voit diminuer à leur égard la rude hostilité que le peuple de jadis leur manifesta. Si la famille ouvrière pouvait garder étroitement ses filles de ce contact, et aussi ceux de ses fils en qui ces femmes développent le goût du plaisir et le

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