La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE de détail, seule la femme s'occupe de la vente, et l'homme consacre toute son activité aux achats et a la préparation de la marchandise. Par la spécialisation industrielle, quantité de femmes ont cessé d'être des ménagéres et ont conquis, dans la dure servitude du salariat il est vrai, leur indépendance personnelle vis-a-vis d'hommes auxquels elles ont associé leur existence. Sous l'influence de ce double phénomene économique, de nouvelles mœurs se sont formées, et ce n'est pas sans un sourire intérieur que la commerçante apportant a la communauté sa dot et l'ouvrière son gain quotidien entendent le maire leur dire, le jour de leur mariage, que la femme doit obéissance a son mari. Bien que la trahison conjugale du mari soit considérée comme une peccadille au regard de celle de la femme, il n'en est pas moins constant que nos mœurs se sont pénétrées de cette situation nouvelle et que, jurés, nous acquittons également la femme et le mari qui ont tué l'infidéle, alors que l'antiquité n'eùt pas eu assez de supplices pour une femme assez osée pour porter une main homicide sur son seigneur et maître. Ces acquittements, scandaleux en ce qu'ils ne témoignent pas un respect suffisant de la vie hum:iine, prouvent cependant qu'une notion nouvelle est désormais acquise en principe : l'égalité des droits conjugaux. Le divorce, dont l'antiquité ne connut guère que l:i forme unilatérale, c'est-a-dire la répudiation del' épouse par l'époux, encore pratiquée chez les Orientaux, 'est aujourd'hui, malgré son caractère bilatéral ou plutôt précisément a cause de ce caractère, une institution plus avantageuse a la femme qu'a l'homme, ce qui démontre bien qu'il a été un résultat de la croissante émancipation de la femme dans la société et dans la famille. Tel qu'il est organisé par des législateurs que dominent l'idée romaine de l'autorité masculine et l'idée catholique de l'indissolubilité du mariage, le divorce ouvre a ceux qu'il libère une porte basse, mais cette porte pourra être agrandie de manière a laisser passer librement et la tête haute ceux qui n'ont pas trouvé dans l'association conjugale ce qu'ils étaient en droit d'y trouver. Déja, dans la classe ouvrière, les unions mal assorties avec ou sans le concours de la loi se désassortissent sans y recourir davantage. Il y a a cette pratique des avantages et aussi de graves inconvénients qui seront l'objet d'un examen spécial, mais il n'en est pas moins constant que ce fait et tous ceux qui ont été énumérés plus haut constituent la preuve que la famille a cessé d'être une unité sociale réelle et que par conséquent le sentiment qui l'exprime est un sentiment plus idéal que réel. Trop souvent ce sentiment n'est que sur les lèvres, et non dans le cœur. La naissance d'un enfant est plus rarement souhaitée que jamais par les parents, et, comme si les enfants avaient conscience du regret.qu'on eut à les voir naître, dès qu'ils peuvent gagner leur pain ils quittent la maison

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