La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

2..J. LA REVUE SOCIALISTE L'ERREURJUDICIAIRE L'erreur judiciaire est de tous les temps, de tous les pays. Nous en ayons les plus réc~nts, les plus forts exemples, de Pierre Vaux jusqu':\ Naudin, l'année dernière. Et le cas de Pierre Vaux n'inaugure pas la série des méfaits, des crimes judiciaires. Car, il n'y a pas, la plupart du temps, dans les jugements iniques qui frappent des innocents, une excuse dans la fragilité fatale des jugements humains. Presque toutes les grandes erreurs judiciaires auraient pu être évitées. Presque toutes sont le fait de la légèreté ou de la passion des juges. Il a paru, sur cc sujet, une remarquable étude de deux avocats, MMcsMaurice Lailler et Henri Vonoven, qui ont clairement analysé, avec preuves à l'appui, les causes des erreurs judiciaires. Livre terrible, en ce qu'il montre de quel rien dépend le sort d'un homme devant la justice! Livre réconfortant, en ce qu'il montre la possibilité d'une justice presque parfaite, à peu près impeccable. Que faudrait-il pour atteindre à ce résultat? Un simple effort moral de la part de tous. Nous considérons tous et toujours l'accusé comme coupable. Il faut s'accoutumer à considérer comme innocent l'accusé le plus compromis jusqu'à la preuve absolue, totale, aveuglante: « Un coupable puni est un exemple pour h canaille; un innocent condamné est l'affaire de tous les honnêtes gens », écrivit La Bruyère. MM. Lailler et Vonoven ont rangé leurs observations sous les six rubriques suivantes : r0 La passion publique; 2° Les témoignages ; 3° Les experts; 4 ° Le j ugc d'instruction; 5° L'audience; 6° Inégalité de l'accusation et de la défense. Parcourons ces divers chapitres. La passion publique - que Voltaire appelait la « démence de la canaille >>- est une source prodigieuse d'erreurs judiciaires. C'est la clameur accusatrice Dont la stupidité formidable rugit, chante Victor Hugo. C'est la calomnie de Beaumarchais. Personne

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