La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

.. AUX LECTEURS 2 57 AUX LECTEURS Ce n'est pas sans un sentiment de vive appréhension que le nouveau directeur de la Revue Social-iste a accepté la mission délicate autant que difficile de présider à la rédaction de ce recueil. Il ne dissimule pas combien lourde est une telle tâche pour ses faibles forces,· à l'heure où rayonnant dans toutes les directions, la pensée socialiste impregne de son influence gr~ndissante les hommes et les choses, les idées et les faits, emportés dans le tourbillon d'une évolution <leplus en plus précipitée. Que de changements survenus, en effet, depuis le mois de septembre 1884, date à laquelle fut décidée par Benoît Malon la fondation de la Revue. Celui qui écrit ces lignes était déjà l'ami et le collaborateur, le commensal presque quotidien de Benoît Malon, qui lui .donna souvent à la fois le pain du corps et le pain de l'esprit. Tous les jours, il se rendait aux Batignolles, au 24 de la rue Lccluze, où Malon occup·ait un petit·appartement que se rappellent bien les survivants de 1871 et les recrues socialistes de la premiere heure, car tous y trouvaient accueil hospitalier et réconfort cordial, aux troubles instants de détresse morale ou d'indigence matérielle. C'est là, dans un cabinet que je vois encore, jonché de livres, de papiers et de cartons, encombré par des rayons de bois blanc et deux tables de travail, celle de Malon et la mienne, que fut conçu, d'abord comme un rêve, lointain, chimérique et irréalisable, le projet d'une revue, d'un recueil mensuel, où le socialisme français, alors vagissant à peine, en proie à des rivalités qui se traduisaient en des polémiques intestines violentes, prendrait corps et figure de doctrine, dépouillerait l'antagonisme des sectes, sur un terrrain d'accord, sur un champ neutre de discussions theoriques et de recherches libres. Malon, esprit doux et conciliant, avait déjà fait plusieurs tentatives dans ce sens. Une premiere fois en exil, à Lugano, il àvait fondé le Socialiswe progressif; puis, en 1881, au retour de l'exil, une Revue Socialiste, qui n'avait eu que quelques numéros. Ces essais infructueux étaient pour

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