La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

254 LA' REVUE SOCIALfS'fE simple Raison. » En effet, l'ouvrage de M. de Strada, paru il y a trenté ans, veut réagir contre les systèmes relativistes et positivistes et restauret, sur unè base scientifique, la métaphysique. <c ~l faudrai't tout prouver », disait Pascal, désespérant de trouver un principe iiréductible de cer.titude. L'auteur' de l' Ulti0 111111O1r1ga1111111 croit la chose possible et e'stim'e qu'll n'est rien d'inaccessible au raisonnement : l'objet de la connaissance est !'.Être; l'esprit saisit directement l'absolu. Tout l'~ffort du philosophe doit donc tendre à la âécouverte du critérium infaillible qui, mettant ;;n terme aux angoisses de l'humanité, 'lui assurera la paix. • ' L'homme. connaît des parties différentes de 'la réalité par des facultés indépendantes : il a plusieurs manières de connaître les choses : •là pensé'e atteint les qualités nécessaires de ]'Être et l'expérience a pour objet· ses réaJi_ sations contingentes. Bien que l'idéal soit indépendant du serisible· et l'âbsolu du contingent, le ·défaut habituel des philosophes, selon M. de· Strada, est d'avoir considéré du point de vue physique les choses métaphysicjües : c'èst ainsi que Kant considère le point de vue antinomique comme l'essentiel et que Hegel éh::ve les antinomies à l'absolu. Mais le point de vue antinomique n'est que secondaire, selon M. de Strada qui réfute les philosophes de la relation, Hamilton et Kant : en effet, le relatif ne peut être dit relatif que par rapport à un absolu; toute négation n'i dé raison d'être q\Je.dans l'affirmation qu'elle implique : le positif est primordial. Au-dessus de l'état antinomique,' il y a un état préa11tinomiq11e, un absolu qui est l'f tre. .. , En face de l'être est l'esprit qui aspi.re sans cesse à l'union avec l'être. Le 'mcuvemeilt, la marche et la yie de l'e~prit, c'est ce que l'auteur appelle la méthode. La méthode est. le. développement _dans l'esprit humain -des lois nécessaires qui se développent en même temps dans la nature. • La base de la méthode est le critérium, principe infaillible de certitude, fin suprême de l'effort humain. Les phases diverses de la civilisation correspondent aux diverses méthodes ,et aux divers critériums :-chez les Grecs dominent l'observation et la logique, au Moyen-Age la foi, au dix-septièmé et au dix-huitième siècle l'évidence .cartésienne. Mais ces critériums sont incomplets : la foi se réduit à un .sentiment dont on f)e rend pas raison; l'évidence est un simple état de l'esprit qui n'a de raison que lui-même; la foi d'ailleurs se ramène à l'évidence et l'évi- _dence à la foi. Ces deux critériums étant tout individuels ne peuvent engendrer que la lutte entre les hommes. Un critérium reste à trouver qui 1 fondant. la méthode, renouvellera la civilisation entière.· Ce principe doit être établi au-dessus de la matérialité comme au-dessus de l'individualité : « il doit être si ?i111ple,si uni,versel, si général qu'à chaque acte humain Ü soit toujours présent». Ce critérium', M. de Strada pense le trouver dans le. fait, qui est la réalité s'adressant soit-aux sens soit à l'esprit. « Dieu se fait homme cjans chaque fait connu, l'esprit infini se .fait esprit humain dans chaque notion; dans chaque fait l'~sprit possède Dieu; Dieu se fait nourriture de l'esprit par le fait. » T. Ü, p. 456, sqq. Le fait est donc le véritable critérium; il est le médiateur· cherché; par lui Dieu est tangible à tous les hommes. En pi-ése11cedu fait l'esprit, impatient de le posséder, débute par l'a priori,

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