La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

REVlJE DES LIVRES lité s'affirmèrent, il comprit obscurément que pour la présen·ation de la race il fallait opposer une barrière à des instincts qui, fouettés par son imagination, s'écartaient de l'obéissance inconsciente dé l'animal à ses fins physiques. Toutefois il dépassa le but, ne sut pas révérer dans sa propre forme le diëu qu'il invoquait épeuré. Ses intentions motivées, mais bornées, ignorhent l'ensemble des phénomènes naturels et leur intime corrélation avec les phènomènes psychiques. Il crut que le silence pn:sen·erait l'individu et la'race contre les v.iolences de l'instinct que ne sachant pas guider il voulut dominer - en \'ain. Au lieu de faire l'éducation de cet instinct afin qu'il servit au perfectionnement de l'espèce, au lieu d'apprendre à ménager des énergies, à les transmuer à certaines heures en forces psychiques, on a laissé l'être humain errer sans conseils ni dignité. Honteux, se jugeant marqué d'infamie, il s'est perverti et dé\'oyé. De là des maux sans nombre et la misère sexuelle d'innombrables êtres qui n'entrent dans la \'ie virile que par la ruelle de la sensualitt: malsaine au lieu d'y pénétrer par la porte royale de l'Amour sain et fort. Nul n'a dépeint avec une acuité plus consciente que ne vient de le faire M. Camille Lemonnier dans sa dernière œune, L'Ho111111e e11 .rl111011r, le naufrage d'une individualité physique et morale par suite de l'abandon dans lequel on laisse l'enfant en tout ce qui touche â sa vie sexuelle. - <' La rogue compréhension des .:ducateurs continue à qualifier de vice honteux le tourment ingénu de se chercher dans le premier acte de la connaissance. Il arri~•cra 'un temps où, au contraire, l'éveil des sens sera utilisé par les maîtres pour le développement de l'être intégral, où, en lui apprenant le respect de ses organes et les buts qui leur sont assignés et par lesquels ils se conforment à l'évolution du monde, ces missionnaires de la vraie prédication, ces ministres des secrètes intentions divines, ne susciteront plus chez l'enfant la dérisoire retenue de la honte, et plutôt y substitueront la notion d'un culte naturel, d'une religion de l'homme physique impliquant des rites qui ne doi\'ent pas être transgressés ... Mais tout n'est-il pas à refaire dans une société qui a exclu l'hommage à la lkauté et qui a fait de la peur des formes cachées la loi des rapports entre l'homme et la femme. La démence phallique, les révoltes de l'instinct comprimé dans les formes spontanées de l'amour est le mal des races. Tous en souffrent et cependant plus d'un, qui me donnera secrètement raison en lisant ces pages, s'étonnera devant le monde que quelqu'un ait osé porter la main à l'arche sainte des pudeurs routinières. » (Pages I 3 et 14.) Quand, pour la première fois, j'ai parlé dans la Revue Socialiste de la Q11estio1d1u sexe da11sl'éd11catio11, j'ai soulevé au dehors bien des indignations. Et voici qu'un maître du verbe vient, en un livre douloureux, demanda avec l'autorité que lui donne son talent qu'une réform~ se fasse en cette éducation afin de sauver les races du mal secret. Lorsqu'on ferme son livre, où un être débilité par une fausse morale se débat en vain sous l'étreinte de la Bête, il vous reste aux doigts comme une cendre impure de chaire consumée. - « Je ne confonds pas la Bête avec l'être physique, dit l'auteur. Elle ne fut pas dans !'Éden; elle sortit bien plutôt des races qui avaient perdu l'innocence. » - Et l'on rêve d'une humanité supérieure qui, par une éducation loyale et franche, par la force d'une volonté avertie, aura trouvé l'équilibre entre ses puissances physiologiques et psychiques, les premières servant de base aux secondes. - Celles-

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