La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE que son livre devait y gagner en beauté tri~te, ensuite parce qu'il conçoit le roman non comme une « simple histoire», mais comme une sorte de poème à portée morale. Son œuvre finit même d'une façon mystique - assez inattendue. Mme GEORGES RENARD. * * * Marcel et Pierre BAUDOUIN. -Jeanne d'Arc, drame en trois pièces. Librairie de la Revue Socialiste Jeanne d'Arc, cette légende vivante, comme l'appelle notre grand et tendre Michelet, e·st un de ces types éternels que chaque génération, chaque poète refait à sa façon. Étrange énigme pour le rêveur! Figure si pu're, si héroïque et si humaine! Destinée tragique d'un attrait si poignant et si mystérieux ! Cette fois les deux auteurs, qui ont céclé, après tant d'autres, à l'obsession de redire cette histoire invraisemblable et vraie, l'ont conçue sous forme dramatique. Trois pièces, divisées chacune en plusieurs parties qui se subdivisent en actes, nous transportent tour à tour à Domrémy, devant Paris, à Rouen. La petite paysanne, la combattante, la martyre; ou encore le doute avant l'action, l'action, le sacrifice, voilà ce qu'elles nous montrent. Aucune part au roman. L'époque restituée avec un soin méticuleux. Un effort infini pour rendre aux personnages leurs noms, leurs titres, leur langage, leur âme d'autrefois. Vous rencontrez entre deux actes des indications de ce genre : - Rideau cinq minutes, une minute, une minute et demie. - Ne vous étonnez pas; ces intervalles sont proportionnés au temps réel qui s'écoule entre les choses représentées. Scrupule d'historiens qui ont le respect et presque la superstition des dates. Le moderne ne fait Foint ici intrusion dans le Moyen-Age, sauf en deux endroits peut-être. Gilles de Rais, le soudard féroce, qui fut l'original de Barbe-Bleue, dit quelque part des mots qui rappellent de fort près la fameuse · et honteuse proclamation de Bonaparte à l'arm<!e d'Italie, quand il promet à ses soldats- déguenillés richesses et jouissances de toutes sortes. Ailleurs un prédicateur, voulant ployer Jeanne sous la terreur de l'enfer, paraphrase les superbes malédictions où Agrippa d'Aubigné ne laisse plus aux damnés pour tout avenir Que l'éternelle soif de l'impossible mort. Encore ces réminiscences sont-elles si bien enchâssées qu'il faut être doué d'une mémoire malheureuse pour les reconnaître au passage. Les personnages par!ent en prose; mais quand leurs sentiments s'exaltent, ils s'élèvent au style poétique, ils s'expriment en vers, comme c'est le cas dans Shakespeare, ou plutôt en une espèce de prose rythmée qui a parfois une douceur pénétrante, qui s'attarde mollement en répétitions presque enfantines à la manière de Mœterlinck. On pourrait croire que les auteurs ont profité des facilités que leur offrait le sujet pour étaler aux regards des processions, des batailles, les pompes du

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