La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

••MOUVEMENT SOCIAV 2 43 De son côté les délégués·ouvriers de la conférence, voyant que la lutte n'était plus possible, sans un apport considérable de tous les autres syndicats, ruirèrent leur demande principale, celle qui avait été la cause primordiale du lock-out, c'est-à-dire la demande d'une semaine de travail de quarante-huit heures. C'était la reddition presque complète. Les patrons formulèrent donc de nouveau leurs conditions, un peu moins défavorables aux travailleurs, grâce à un peu de diplomatie de la part des leaders ouvriers - et ces conditions furent soumises à un troisièm~ et dernier plébiscite, dont voici le résultat: 2.~, 588 votèrent en faveur de l'acceptation des termes des patrons et 13,727 contre. On voit que ~ette reddition n'est pas unanime et qu'un tiers des sans-travail voulait continuer à combattre, en dt'.!pitdes privations hétoïquement. et obscurément endurées. Après ce vote, les délégués des patrons et des ouvriers se réunirent. u1;e dernière fois poui: signer les termes de la reddition - et le travail a été repris lundi 3r jalwier dans les ateliers, qui avaient été fermés depuis trente semaines. Il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle a été la perte causée par cette guerre industrielle. Les dix syndicats représentés par le comité des « métiers alliés » comptem ro9,829 membres. Environ 31,000 d'entre eux appartenant à la Société amalgamée des mécaniciens, 7,000 aux neuf autres syndicats, et 5 ,ooo ouvriers n'appartenant à aucun syndicat (en tout 43,000) ont été trente semaines sans ouvrage et ont reçu des secours. La Société des mécaniciens, au commencement de la contestation, avait un fonds disponible atteignant la sp_mmeénorme de sept millions et demi. Les 60,009 ouvriers de ce syndicat qui n'ont 'pas été affectés par le lock-out et qui ont travaillé pendant que leurs camarades restaient oisifs ont, par une retenue hebdomadaire sur leurs salaires, apporté à la caisse de secours la somme de sept millions et demi .. Les souscriptions provenant <les autres syndicats et du public sympathique aux ouvriers expulsés se sont montées à trois millions et demi. De sorte que le total des souscriptions a atteint le chiffre de r8 millions et, demi._Les dépenses ont été de 600,000 fr. par semaine -pendant 30 semaines, ce qui fait un ~otal _de 18 millions de francs. La perte de salaires des 43,000 ouvriers sans OU\'rage est évaluée à 50 millions de francs, somme qui ne comprend pas la perte subie par le chômage forcé des ouvriers d'autres métiers qui ont .su_bi.le contre-coup de ce Iock out. Le ~ecrétaire général dq syndicat des cha_upronniers estime la perte encourue par les chambres de ce syndicat à 3,750,00_0 francs. D'autres petits syndicats ont épuisé leur~ fonds à veni~· ep aide à leurs membres_ sans ouvrage. La perte totale en salaires est finalement évaluée à 75 millions de francs. Tel est 1!!résultat désastreux de cette guerre entre le capital et le travail. li montre une fois de plus que les ouvriers n'obtiendront la journée de huit heures que d'une façon légale et ne peuvent l'attendre d'une lutte trop inégale entre des patrons assis sur leurs sacs d'écus et des prolétaires que la faim doit réduire au bout de peu de temps. La fédération des syndic.us pourrait peutêtre, en la supposant établie, prolonger la guerre, mais en sui;posant qu'elle gagne la victoire, c'est une victoire à la Pyrrhus qui entraîne avec elle une perte énorme, outre les privations, les souffrances et la démoralisation inhérente à l'oisiveté. La seule façon d'y arriver est, somme toute, le vote.

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