La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

• LA REVUE SOCIALISTE le cas particulier, le" frére et 1a sœur, étant presque des bourgeois, paraîtraient intéressants. Comme, de plus, ils viennent de lâcher leurs parents - et même avec un peu trop de désinvolture et de façon bien leste, à mon gré - cette situation d'orphelins est touchante. Quelque duchesse, affamée de réclame, les recueillerait peut-être. C'est leur meilleure chance. Mais, hélas! je ne vois pas comment la revolte et la maraude de deux enfants pourraient soulever une foule égoïste et susciter une révolution salutaire. Le suicide, aprés avoir été recommanàé par les philosophes anciens et fort en honneur chez leurs disciples, fut méprisé par le christianisme. Beaucoup d'hommes remarquables de la Gréce et de Rome se sont donné la mort noblement dans de belles attitudes que l'on appelle aujourd'hui théâtrales, en émettant des pensées que nous taxons de vaine phraséologie, mais que tout le monde sait par cœur. La fin de Démosthène, de Brutus, de Sénèque frappe l'imagination. De nos jours, un reste d'opinion religieuse, même chez les incrédules, et la platitude bourgeoise ont tout rapetissé, même la mort. Un pauvre diable se cache pour expirer dans un coin : nul n'y fait attention. On ne veut pas songer :\ ses misères, aux affres de son agonie, :\. l'énergie qu'il a dô déployer pour vaincre la nature et aller au néant. Cependant cette horrible fin est respectable et touchante. Et dans ce doux: pays de France, combien prennent cette porte de sortie, combien de vaincus disparaissent ainsi? Ils sont huit mille chaque année, - s'il faut en croire les statistiques - huit mille accablés, réduits à chercher d'eux-mêmes l'apaisement de leurs maux dans le dernier sommeil! Huit mille qui pratiquent cette farouche vertu stoïcienne! J'ouvre La Philosophie d'André Lefèvre et je lis, précisément à propos du suicide des stoïciens sous les mauvais empereurs romains, cette phrase qui semble avoir inspiré Descaves : «Sile sage, au lieu de s'ouvrir les veines sur l'ordre du maître, avait tué le licteur, s'il avait fait de sa maison une citadelle assiégée, s'il avait ameuté le peuple à grand fracas, si même il avait fui, il aurait plus fait pour la liberté et pour la justice. >> Au lieu de ces mots, sur l'ordre du maître, mettez ceux-ci qui, ici, sont équivalents, par l'implacable férocité de la société, vous aurez la morale donnée par La Cage. Seulement on approuve volontiers la rébellion contre un despote; on blâme l'insurrection contre la faim. Il y a ainsi des tyrans odieux et d'autres qui ont la chance d'être sympathiques. En résumé, si je diffère d'opinion avec Lucien Descaves, c'est bien .plus sur l'efficacité du conseil qu'il donne que sut: le droit à la révolte qu'il proclame. S'il suffisait de casser quelques devantures de boutiquier, et de forcer quelques coffres-forts pour y découvrir soudain une organisation sociale capable de résoudre l'angoissant problème de lâ

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