La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

BAKOUNINE EN ITALIE EN 1864 177 ·mo"t de Bakounine, Michel Alexandrovitch en personne apparut au milieu de nous âccompagné de son Antosia ( I) ... . En voyant en réalité sa tête de lion, en écoutant sa conversation animée et toujours pleine d'esprit et sans pose ~ l'homme ne songeait jamais à se mettre sur un piédestal, - le sentiment de sympathie abstraite que m'avait déja inspirée sa personnalité reçut pour ainsi dire corps et âme. Je ne dissimulerai pas qu'a notre première entrevue j'éprouvai un certain malaise, sorte de réserve. qui, instinctivement, s'emparait de moi toutes les fois que je me trouvais en pn!sence d'un olympien. On est alo.q; saisi comme d'une crainte que l'homme extraordinaire, quelque grande que soit sa bienveillance et quelque prudence qu'il y mette, ne vous écrase de sa supériorité, non pour vous en faire sentir le poids, mais pour la simple raison qu'il n'a pa~ l'habitude du terre :\. terre. L'on sait en même temps que dans son cœur il y a un coin sacré _interdit à toute critique, sous quelque forme qu'elle se puisse présenter, et qu'avant d'en franchir le seuil on doit se dépouiller de toute sorte de scepticisme - tel un fidèle qui, avant d'entrer dans la mosquée, ôte ses souliers et les laisse à la porte. Dans les premiers temps de ma connaissance avec Bakounine, et même plus tard, en me trouvant en tête à tête avec le grand révolutionnaire, je pouvais à peine percevoir chez lui- un clément de cette entité de « grand prêtre de l'athéisme et de l'anarchie» (2). A l'instar .d'un affable et libéral évêque catholique que le ·hasard aurait conduit en société de libres penseurs, Michel Alexahdrovitch, dans nos ren- _contres, cherchait avec la plus gracieuse simplicité à ne pas faire res- _sortir- s~- supériorité; mais je la devin.ais-quaQd même. Et dès notre entrevue cela mit éntre nous une sorte de barrière que jamais depuis je ne pus franchir ... J'avais déjà eu une idée générale du mariage de Bakounine en Sibérie; je savais que sa femme était une jeune et enthousiaste Polo~ .naise que j'imaginais, sans savoir pourquoi, être la fille d'un exilé politique. Je ne fus donc nullement étonné de voir -la jeune personne i côté de Bakounine, bien qu'elle me'.parût plus jeune qu'elle ne l'était en réalité et qu'elle eût pu être regardée plutôt comme. sa fille. Néan- .moms, ce couple ..·ne me sembl~ point a'issonnant ·et ne laissa point Jimpression que l'ori éprouve ordinairement en voyant un vieillard au :t>ras d'une fraîche et jolie fem1ne dont il est l'époÙx, et que produit, "'\; _. ---------------------------- • (1) Antonine Kviatkovska, avec laquelle Bakounine s'était marié en 1860, lors de son exil en Sibérie •(Note de !'Auteur). V.· la Correspo11darnd:e Bakounine, p.. 118 (Note du Trad~cteur). • , • . . • . . ' . . (2): C'est ainsi •que-l':ippelait l:douard €fapatède, -Je distingué, zoologiste dé Cologny, près de Geni:ve, auquel je fis plus tard connaitre J3ak.ouni1r~. Il

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