La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL EN FRANCE 153 La Confédération Générale du Travail EN FRANCE Un organisme supérieur dominant et résumant toute l'action ouvrière sur le terrain économique, s'impose-t-il? Et s'imposant, est-il possible de le créer et de le faire pratiquement jouer? Telle est la double question que je voudrais examiner aujourd'hui, sans parti pris, en toute sincérité, avec le désir avoué de servir une cause qui m'est chère, celle de l'émancipation des travailleurs par le Droit. * * * Et tout d'abord, ce qui semble hors de conteste, c'est que les syndicats ouvriers, isolés les uns des autres, sont livrés a l'impuissance dernière, quelle que soit leur force numérique, l'énergie de leurs membres et leur pqissance d'organisation. La victoire leur est toujours peu aisée, même quand ils disposent de grandes ressources financières, parce que les masses ouvrières en chômage peuvent accourir pour combler les vides qu'ils ont créés. Et leurs triomphes sont précaires; ils ne sont qu'un incident ou qu'un accident de la vie industrielle, incapables par cela seul de troubler profondément le patronat. Qu'importe après tout que telle individualité soit vaincue, si le régime sous lequel s'abritent les détenteurs du capital reste debout, si rien n'est ébranlé des· forces sociales sur lesquelles ils s'appuient? Vaincus sur un point du territoire, mais régnant en maîtres incontestés sur d'autres, ils ne conviendront jamais de leur défaite; ils s'exaspéreront au contraire des luttes qu'ils auront a soutenir et n'aspireront qu'a l'écrasement de ceux qu'ils osent appeler des révoltés. Carmaux en est un frappant exemple. Et encore ici, à raison de certaines circonstances exceptionnelles, le prolétariat tout entier a-t-il pu voler au secours des malheureux verriers; le retentissement énorme de leurs démêlés avec Rességuier a pu faire pencher la balance de leur côté: Mais d'ordinaire, les choses ne vont pas de la sorte.

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