La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Ajoutons qu'en État collectiviste une bonne partie de la petite culture devra disparaître à brève échéance. On verra disparaître le contraste entre les régions agricoles de la plaine où les produits abondants pourrissent sur place sans utilisation possible et la montagne où la terre cultivable est portée à dos d'homme, dans des hottes, avec l'espérance de produits mesquins. On peut d'ailleurs renYoyer à un av'enir indéterminé les prophéties de-Malthus. La terre bien cultivée, au mieux, peut nourrir dix fois plus d'hommes qu'elle n'en nourrit actuellement. En ce qui regarde la petite culture, on peut donc conclure qu'elle résistera probablement un certain temps dans certaines zones élevées, sans qu'il soit possible aux sociologues de fixer cette durée. Elle n'entravera nullement l'évolution sociologique et elle reste possible dans up État socialiste. Cette possibilité d'une petite culture subsistant à travers la transformation de la propriété privée en propriété collective est de nature à faire accepter par les paysans, qui sont volontiers misonéistes, l'idée de la nationalisation du sol ( r). Le socialisme va donc précisant de plus en plus son caractère de révolution économique. Le passage de la propriété individuelle à la propriété collective est par là réduit à ses plus simples proportions. C'est pourquoi on a insisté sur le co_ncept d'une petite culture conciliable avec l'État socialiste de l'avenir (2). Voici donc le discours que le socialisme est ~n droit de tenir aux campagnes : « L'État collectiviste ne veut pas jeter le trouble dans toute la vie agricole des divers pays : les âpres conditions de la viabilité, l'aridité du sol des montagnes, les lois même de la production agricole, respecteront tout cela comme elles peuvent; en ce sens, pas une cabane ne sera démolie, pas une haie rasée; la petite exploitation subsistera entre les mains de l'État. Mais voici: vous métayers, vous n'aurez plus le propriétaire qui vient, à fin d'année, vous prendre le métayage de çe que votre travail a fait produire au sol. Vous, petits fermiers, vous n'aurez plus le propriétaire qui, sous forme de fermage, vous soustrait plus de la moitié du produit que ce que votre travail a produit. Vous, petits propriétaires, vous aurez la jouissance du produit intégral du fonds cultivé par vous, sans l'énormité des prélèvements fiscaux d'aujourd'hui. Vous tous, métayers, petits· fermiers, propriétaires ruraux g'aujourd'hui, vous pouvez, là où la petite culture sera encore nécessaire, rester sur le fonds que vous cqltivez. Ce fonds ne sera pas à vous, r) T. Virgilii. Les Problèmes·agricoleset l'avmir Jocial, Palerme, R. Saudron, 1895: (2) V. Georges Renard. Le Régime so.cialiste, P'· 139 (Akan, Paris, 1898).

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