La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

' 136 LA REVUE SOCIALISTE priétaires est la division des héritages. Les thèses de Marx à ce sujet sont très contestables, comme le montre A. Métin dans Le Socialisme en Angleterre, et Vandervelde dans La Question agraire en Belgique. En Angleterre, la disparition de la petite propriété fut provoquée par un facteur dont nous n'avons pas encore fait mention, savoir les exigences du marché. Naturellement les exigences du marché ne furent que la cause occasionnelle; la vraie cause agissante fut l'usurpation, toujours légalisée par les complaisances dt1 Parlement. • En Italie, nous ne sommes pas dans le cas de l'Angleterre; nous n'avons pas en face de nous une véritable concentration capitaliste, due à la supériorité productive de grandes exploitations agricoles. Il n'est pas question en Italie de grands fermiers, de grands sous-fermiers, de fermiers au quatrième degré, de ces substitutions qui font retomber tout le poids sur le travailleur réduit, comme en Angleterre, à la condition la plus misérable (r). Le capitalisme moderne est l'exploitation du travailleur (non l'épuisement de la terre). En cc sens, la vraie concentration capitaliste de la propriété est à peine commencée. Les États-Unis sont le plus en avance. Quant à l'Italie, dans les plaines lombardes et piemontaises, les grandes exploitations agricoles et d'irrigation ne sont elles-mêmes qu'une forme restreinte et embryonnaire de capitalisme agricole. La petite propriété, malgré les crises agraires, la fiscalité, le défaut de technique agricole, l'usure, résiste donc et résistera longtemps encore, tant que n'interviendra pas, comme facteur décisif de sa disparition, le grand capital. En Italie, comme en Belgique, la petite propriété résiste donc. Voici des chiffres et des faits typiques: En Sardaigne, à la suite des évictions, au nombre de 22,150, de 1883 à 1887, beaucoup des expropriés vécurent quelque temps à la belle étoile, mais ils finirent par 1:entrer. dans leur petit domaine que l'État leur avait enlevé, mais qui restait abandonné. Ce ne sont plus juridiquement des propriétaires, mais en fait ils tiennent la place. Je crois d'ailleurs inutile de faire observer que, même en régime capitaliste agricole développé, la petite agriculture résistera plus que ne l'a fait la petite industrie. Le petit industriel est forcé, à tout prix, de jeter sur le marché sa marchandise. Il n'en est pas de même du petit agriculteur : il peut réserver ses produits pour son usage personnel et familial et les modifier : il tirera de son fonds non plus les un ou deux produits les plus commerçables, mais tous· les produits possibles nécessaires à son ménage; il s'affranchira du marché. • On peut conclure que la petite pro'priété, destinée à disparaître, (1) A. Métin. ù Socialisme en Angleterre, Alcan, Paris, 1897.

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