LE RÉGIME SOCIALISTE 9 totalise les h_eures de travail que coùtc la production de toutes les {:hoses semblables; on divise ensuite le nombre des heures p.1r le nombre des choses produites. Ainsi on obtient, je suppose ( 1), 1,000,000 d'hectolitres de blé en I 5,000,000 d'heures. On peut donc dire : r ,ooo;ooo d'hectolitres de blé Yalcnt 15,000,000 d'heures, et, par conséquent, r hectolitre de blé yaut 15 heures de traYail du laboureur. La formule ci-dessus pourrait nous contenter, s'il s'agissait de trouver seulement la ,•aleur sociale de ce produit considéré en soi, indépendamment de tous les autres, c'est-à-dire le rapport de la quantité totale de ce produit au nombre total des heures dépensées à le produire. Elle pourrait suffire encore, s'il s'agissait de déterminer b valeur de produits rcsultant de traYaux :i très peu près semblables. i\lais il est évident que les travaux diYers accomplis dans une société, sans méme sortir du cercle de ceux qui sont absolument nécessaires, sont inégalement pénibles. L'heure de traYail ne représente pas la même dépense d'efforts, scion qu'on passe d'un métier à un autre. L'heure d'un menuisier contient-elle autant de travail que celle d'un casseur de pierres? Celle d'un terrassier vaut-elle celle d'un mécanicien? Question grave qu'il n'est pas permis d'esquiver. Faut-il déclarer qu'une heure de travail vaut une autre heure de travail, quels que soient le contenu et le résultat de l'une et de l'autre? Ou bien, si l'on n'accepte pas cette parfaite égalité, comment établir une différence équitable de valeur entre des heures, qui sous une apparente identité cachent des quantités et des qualités trés diverses de travail ? Les deux solutions peuvent se défendre. La premiére, qui choque à première vue nos habitudes et même l'idée que nous nous formons aujourd'hui de la justice, a pourtant des mérites indéniables. Elle simplifierait ctrangemcnt le problème ou, pour mieux dire, elle le supprimerait. Elle empêcherait le retour des interminables querelles qui ensanglantèrent certaines villes du i\loyenAge, oü existaient des métiers supérieurs et des métiers inférieurs (les arts majeurs et les arts •minèurs a Florence). Elle tuerait radicalement le préjugé qui veut qu'il y ait des professions nobles et des métiers grossiers, qui fait peser encore un mépris plus ou mo1us mal dissimulé sur les travaux manuels. (1) Est-il besoin de dire que tous les chiffres ici e111ployés n"on: d"autrc but que d'illustrer mes démonstrations et ne prétendent nullement expri111er l'exacte rê.llitê <les choses?
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