La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

MOUVEMENT SOCIAL II3 une conspiration gigantesque du capital organisé pour détruire la seule force sociale en dehors du Parlement qui était arrivée à restreindre et à balancer la puissance énorme de l'argent dans les mains Feu scrupuleuses de nos grandes industries nationales. Les patrons fédérés déclarent qu'ils sont déterminés à d~pouiller les t;availleurs anglais de leur droit à conclure un marché collectif (Collective bargailli11g), droit que tous les patrons réclament et exercent comme une chose qui va de soi. Leurs actionnaires doivent être libres de se coaliser et de nommer les directeurs les plus capables qu'ils peuvent se procurer, conseillés qu'ils sont par les hommes de loi les pins avisés pour conclure en leur nom des marchés avec les ouvriers; mais ils déclarent que les ouvriers ne doivent point nommer de secrétaire habile pour faire leurs affaires et doivent, un par un, chacun dans son impuissance individuelle et son ignorance des affaires, venir dans le bureau du directeur pour s'arranger individuellement avec lui, sous peine de se voir refuser du travail dans tous les ateliers fédérés. Les patrons ne font aucun secret de leur résolution de balayer la démocratie industrielle et de la remplacer ouvertement par le despotisme absolu du capital. Ils avouent sans détours leur intention d'adopter les méthodes mises en pratique par M. Carnegie, dans les États-Unis, et le baron Stumm en Allemagne. Les trade-unionistes savent ce que cela vèut dire. Mais les autres citoyens savent-ils que cela entraîne là désorganisation du travail anglais et la dégradation de la vie de famille, la perte graduelle de notre haute réputation manufacturière sur les marchés du monde, la transformation de la diplomatie industrielle de nos congrès trade-unionistes et de leurs comités parlementaires, à la fois publics et responsables, en organisations secrètes et révolutionnaires, et le commencement d'une guerre de classe acharnée au lieu du principe donnant-donnant qui règle les transactions entre le Capital et le Travail et auquel l'Angleterre est habituée? Nous demandons une expression irrésistible de l'opinion publique contre cette tentative désastreuse de désorganisation sociale. Nous sollicitons avec instance les tradeunions spécialement d'unir leurs forces sans délai pour faire échouer une conspiration qui, si elle réussissait, annihilerait d'un coup les résultats d'un siècle d'améliorations successives dans la condition du travail et repousserait les métiers les plus prospères dans la misère et la dégradation qui prévalent encore dans les métiers sweated où Je marché collectif n'a pas encore été introduit. Nous leur rappelons que, puisque Je succès des patrons dans l'industrie des machines serait le signal de fédérations également couronnées de succès dans toutes les autres principales industries, le ni\'eau de vie pour Je mineur et Je filateur, le charpentier et le maçon,, le compositeur et le papetier, l'employé de chemin de fer et le chaudronnier, s'abaisse ou se maintient avec Je niveau de vie du mécanicien. Que chaque trade-unioniste insiste pour que son syndicat impose une cotisation hebdomadaire destinée à venir en aide à la cause jusqu'à ce que les patrons fédérés consentent à reconnaitre les syndicats et à traiter avec leurs secrétaires respectifs au lieu de traiter individuellement avec les ouvriers. Que )es amis de l'ordre social et de la paix industrielle de toute classe souscrivent suivant leurs moyens. Et que ceux qui ne peuvent aider de leur argent aident de leur vote. Souvenez-vous que le cabinet et les , fonctionnaires du gouvernement prêtent leur appui aux patrons fédérés - le Board of Trade en s'abstenant délibérément de faire usage du pouvoir qui lui est conféré par Je Co11cilialionAct et l'amirauté en retardant par connivence l'achèvement de nos \'aisseaux de guerre. Une telle alliance entre le gouvernement et une des parties dans une contestation industrielle est un des 'plus mauvais exemples de gouvernement en faveur d'une classe. Mais en Angleterre il suffit d'une indication de l'opinion publique .pour ramener le cabinet au sentiment de ses .levoirs et de ses responsabilités. Convoquez des meetings publics dans chaque ville et forcez vos députés à se prononcer. Que chaque association politique et chaque branche de syndicat pétitionnent et insistent pour que le gouvernement agisse en faveur de la nation et non en faveur des patrons fédérés. Il n'y a pas de temps à perdre. Envoyez vos cotisations au comité parlementaire du èongrès des trade~unions. Gardez vos rangs ouverts à tous ceux qui sympathisent avec nous, quelle que soit leur opinion politique et à quelque classe qu'ils appartiennent. Les meilleurs citoyens de chaque parti et de chaque croyance sont du bon côté dans cette lutte. Sigué : Au nom de la Société fabienne, E.-R. PEASE, secrétaire. 8

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