La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

80 LA REVCE SOCIALISTE signalé les capitalistes s'en étaient emparés. Puis, une fois maitres de la rcs 1111lli11s de la Ycillc, les nouveaux propriétaires :n·aient fabriqué une planche à actions. Décuplant l'é,·aluation réelle des bénéfices que l'exploitation pourrait raisonnablement promettre, ces maîtres faux-monnayeurs a\'aicnt dédoublé les concessions, morcelé;\ l'infini les chantiers, creusé des puits partout et emis là-dessus des chiffons de papier par ballots. Dans le tas Je sociétes ainsi constituées, les unes etaicnt bonnes, la plupart dcYaicnt inevitablcmcnt voir leurs titres se Jéprecicr. Les financiers anglais ne sont sans doute pas d'une rnoralite plus haute que nos français. Mais ils sont tenus L\-bas ;\ une respeclnbilily inconnue de nos aventuriers et quand ils curent imprime des milliers et puis encore des milliers de Yignettcs, ils se dirent, en gens pratiques et patriotes à leur façon, que cc serait jouer un bon tour .\ l'ennemi héréditaire du continent, que lui repasser les Yalcurs absolument fantaisistes que le gros du public anglais n'cùt pas prises; car, contrairement à cc que semble croire M. Georges J\lichcl (également de !'Eco 1101/liste) qui prànc la création des titres de 25 francs, en Angleterre, ces titres ne sont pas placés dans le gros du public. Cc sont L\ cc qu'on appelle à Londres des valeurs de spéculation et clics ne sortent pas généralement des portefeuilles des capitalistes. Les actions des mines ctaicnt, en effet, des actions de 25 francs, une coupure alléchante que tout le monde peut se procurer presque sans effort. 500 francs sont une somme. On y regarde à deux fois ;want de s'en dessaisir, d'autant qu'an:c la prime exigée par les erncttcurs, c'est quelquefois six ou sept cents francs qu'il faut débourser pour acheter une Yalcur nominale de 500. Sur un titre de 25 francs, au contraire, la hausse de ro ou 12 francs qui est énorme se fait petite, se dissimule. Les Français, nés malins, pcnsérc11t les banquiers anglais, ne sont pas familiarises aYec cc systémc. Ils s'abouchércnt donc avec les banquiers français, et, moyennant une honnête commission, une campagne de presse et de prospectus, rappelant celle du Panama, fut entreprise et conduit<: aH:c un <.:ntrain, un cnst:mble tels, qu'en qut:lqucs mois tous les titres créés etaicnt placés. Cc fut une fiéHc dt: mines d'or si forte, qu'on <.:nlcYatout, mê·me des actions de mines prospércs, a des pri~ fous. Les Anglais, pris de court, durent fonder des sociétés nouYclles pour faire face aux demandes incessantes de papier Ycnucs de France. On multiplia les sociétés, on fit des fusions, des consolidations, on en créa de tous les noms, et par deux, l)Uatrc louis, on cotait parfois de ces titres 150, 200 francs! L'or français afflua à Londres avec l'or du TransYaal. Un krach était imminent, et ce qui attristait le plus dans cette sarabande des millions, menée a,·ec une aise parfaite par les écumeurs, c'était encore moins la Ycnalité de la presse quotidienne, réduite, comme chacun sait, à passer sous les fourches caudincs de faiseurs

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