La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

66 LA REVUE SOCIALISTE Pages des plus belles qui aient été écrites de longtemps, sur cette solitude de Blanqui, dans cc cachot où lui parYicnt la nouvelle de la mort de sa femme ... L\, s'affirme l'indomptable Yitalité du rcYolutionnaire, li commence cette lutte admirable de ]'Enfermé contre tout et contre tous, la libcration d'un cerveau, s'éYadant des prisons, lumineux, i1wiolable ... Et par les lettres, et par les journaux, les fragments de journaux, les lines, c'est Ycrs la politique, toujours, que se dirige l'esprit ardent, frémissant du prisonnier ... L'cYasion manquée« il Youlait le pouYoir d'attendre, il essayait de durer, et cc îurd1t ses journées, ses soirées acharnées de traYail, l'enquête qu'il pouYait faire, dans cc réduit, sur l'histoire, sur la politique, la tête pench<'.:csur un livre, la main crispce sur la plume, l'esprit parti en \'oyagc à traYers le temps et l'espace, hors de son corps captif.>> <1 Cc fut la longue cprcuYc où se soumit son esprit, où son caractérc se modifia sous la dure loi de la nccessitc. Son instinct d'actiYité Yit chaque jour se réduire la région oü il pouYait éYoluer, se replia à mesure sur lui-même. Il l'éxerça autant qu'il put par sa rcsistance aux exactions, par les projets de îuitc, les préparatifs, les tcntatiYcs d'cvasion. Majs il comprit bien Yite, mieux qu'aucun autre, et sans pour cela tomber a l'atonie, l'inutilité de la protestation dans le Yide et de l'enragcment progressif dans la cage de fauyc OLl il était enfermé. Au bout de tels efforts, c'était la folie ou la torpeur. Il préféra garder en lui sa force plutôt que <le l'user en Yaincs démonstrations, et d'ailleurs, cc ne fut pas sans doute en \'ertu d'un calcul, mais par emploi d'une facult<'.:naturelle, qu'il se cadenassa ainsi en lui-même, qu'il enfouit sa Yiolencc au profond de son être. Désormais, et de plus en plus, il eut cette attitude singulicrc que l'on remarqua daYantage en lui à mesure que les années passércnt: il ne dit jamais rien, resta muet sous les coups du destin, laissant supposer le jugement caché et le mépris intact, mais ne les arborant pas, les gardant jalousement sous le calme de l'attitude, la tranquillité des rares paroles obligées, l'indiffcrcncc, le silence. Séparé du monde, il s'en sépara encore davantage. Enfermé en cellule, il s'enferma en lui-même, et, mystérieusement, donna à ses pensées le vol inaperçu, inentendu, - la liberté à son esprit.» Malade, Blanqui est transféré à Tours, oü il passe vingt mois à l'hôpital, - sur la fin desquels il est impliqué dans l'émeute des grains a Blois, - acquitté ... Il est libéré le 24 fcyrier 1848, rentre dans Paris quitté en 1839 : le 25, il parle au Prado ... La voix qui s'était tue dix ans s'élève de nouYcau : « Sa puissance comme orateur ctait imme.nsc, sa voix stridente, aiguë, sifflante, métalliq uc et voilce, cependant, comme le bruit d'un tam-tam, communiquait la ficvre a ceux qui l'ccoutaient ... Son esprit était une mathcmatique; il n'opérait que sur

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==