CHRONIQUE THÉATRALE 749 grand poc'.:te; et plus prés de nous, Yous reconnaissez le Disciple de :\1. Paul Bourget. Aucune conception n'est plus saugrenue que ccllc-lù. Aux temps primitifs, les hommes, encore enfants, ont eu besoin de Yoir leurs conceptions abstraites, alors yagucs et incertaines, représentées par des fables, par des symboles, par des tableaux concrets qui s'imposaient ais<'.:mcnt à leur imagination. Alors la religion synthétisait les sciences et les arts, astronomie, médecine et philosophie aYec la morale. 1bis, aujourd'hui, demander au prêtre, dont les vaincs oraisons se perdent dans le Yent, lui demandcr des principes de morale, c'est chose aussi d<'.:raisonnablc que de le prier de calculer une parallaxe, d'cnlcYcr une tumcnr ou de construire un pont ... quoique le pape s'afiuble encore du titre de grand ing<'.:nicur, s011verailplo11/ife. Non, non, Ll morale est une chose indispensable, q uc les hommes, tout en y manquant, ne peuvent pas ne pas observer au moins dans une certaine mesure; aussi est-il insensé de vouloir aujourd'hui <'.:tablircc qui est le plus nécessaire sur cc qui est le plus Yermoulu, le plus fragile, le plus crnulant, sm la religion. C'est mettre le plus précieux de tous les tr<'.:- sors sur un sol que bouleYersent incessamment les tremblements de terre; c'est enfermer la maitresse la plus chérie sous un toit qui s'effondre. La morale, c'cst-.'t-dirc l'cnscrnblc des régies pour Yine en sociét<'.:, :1, je crois, une double base, sur laquelle on peut h faire reposer solidement, :'t savoir le bien général et l'idée du beau, qui existe en philosophie comme en toutes choses. Sur ;:es fondements, vous pouvez l'édifier; clic sera diverse et changc:rntc, suiYant les époques, les pays et mérnc les individus, je n'y contredis pas; mais cela signifie que l'absolu n'est point de cc monde. Vous verrez des hommes qui, ayant agi de façons trés différentes, pourront néanmoins Yous paraître Ycrtucux, comme vous Yoycz de grands écriYains ou de grands artistes éminemment dissemblables, Raphaël et Prudho:1, ,-oltairc et Victor Hugo, dont les génies, si peu en harmonie entre eux, proYoqucnt cependant l'admiration. Et puis ou a-t-on vu que la religion engcndr:h n<'.:ccssaircmcnt la Yertu? L'époque la plus pieuse que l'on connaisse, le moyen-âge, fut en même temps une des plus traîtresses et des plus barbares. Demandez à M. Dubout, dont la pieuse Frédégonde et le pieux Hilpéric sont des gredins encore plus méchants que le fils de l'abbesse. Yraimcnt la cr.oyancc en Dieu et la crainte de l'enfer leur avaient donné de jolis principes à ces deux porte-couronnes et aux grands seigneurs de leur temps et des temps qui suiYirent. Je n'insiste pas, on sait assez la somptuosité de leurs crimes. Cette piccc de Frédégonde est d'ailleurs loin d'être aussi mam·aisc
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