734 LA RE\'UE SOCIALISTE sera Grosjcan comme dcYant. Dans le premier cas, mon paysan aurait Yécu comme ses ,·oisins, aYcc trente sous par jour; dans le second, s'adaptant aux habitudes de Yic de son milieu, il aurait dépensé son dollar et demi. Au Yillagc, il eût excité l'c1wic et l'admiration du bineur de Yignes courbé toute la journée sur le sol sous un ciel de feu; dans le Far-\Vcst il se plaindrait avec amertume de la parcimonie de l'entrepreneur de culture qui i11\'oqucrait les difficultés économiques causées par la dépréciation du dollar d'argent pour justifier le taux réduit de son salaire. C'est que les deux milieux sociaux sont absolument différcnts et, a,·cc lcs conditions de milieu, Yarient les besoins à satisfaire. C'est en cc sens, nous dit M. LcYasseur, qu'on peut écrire que la Yie est «chére» aux États-Unis, l'ouHier ayant de l'autre càté de l'Atlantique des besoins de confortable que ne connait pas l'ounier français. C'est ainsi que la viande entre dans une proportion plus grande là-bas qu'ici dans l'alimentation des tra\'aillcurs. J'ai déjà fait remarquer qu'il se loge mieux. Le Yankee Ycut être chez lui. Nos cités nauséabondes, aux escaliers suintants, nos petits logements prenant jour sur des courettes oü le soleil ne penetre jamais, sont :\ ses yeux des taudis inhabitables, et il recherche autant que possible :i a\'oir sa maison a\'CCpelouse sur le deYant et jardinet sur le dcrriére. « L'ouHier arnéric,1in, nous dit encore 1'1. Lc\'asscur, fait aussi plus de dépenses de toilette que l'ouYricr français », et il :ntribue cette coutume, dont il parait s'étonner, « à l'esprit profondément démocratique qui incite l'omTicr à s'habiller comme le bourgeois >i. Il est éYiLicnt,en effet, que 1~ diflérence de tenue crée entre le bourgeois et le tra\'aillcur une ligne de démarcation vivement ressentie par tous les deux, le premier se jugc:rnt supl'.:rieur, k second inférieur par la coupe de costume. J'ajoute que le ;;ouci du Yêtemcnt, en même temps qu'il assure et dheloppe la dignité, génl'.:ralisc des habitudes de propreté, partant d'hygiéne, qui font trop souvent défaut à l'ouvrier français. A cc sujet, je me souviens de la surprise que manifesta un jour deYant moi, au familistére de Guise, Laurence Gronlund, auteur de The cooperativeCommomueall!J, à ..J.avue des ouvriers sortant de l'usine, noirs de poussiérc de charbon, et regagnant tranquillement leur maison d'oü ils deYaient ressortir, apres le repas, aussi noirs qu'ayant. Enfin, M. Le\'asseur signale un quatriémc clément de ce qu'on peut appeler la« cherté >i de laYieaux États-Unis: les dépenses morales et esthétiques : associations corporatives, cercles, journal, line, religion, spectacles, confort intérieur, tels que pianos pour la femme ou la jeune fille, voyages, etc. J'ai dcjà signalé le fait dans cette RcYUe, en rendant compte d'un travail de \Vaxveillcr: l'Américain, jouissant d'une journcc de travail rMuitc et d'un salaire plus élen~, peut con-
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