732 LA REVUE SOCIALISTE Or il résulte des recherches minutieuses auxquelles s'est livré NI. Lc,·asscur, que le prix de l'unite des marchandises est plus faible en Amérique qu'en France. Cette différence serait même assez consi- ·dérable, puisqu'elle serait entre New-York et le Havre dans le rapport de 16.9 à 23.4. Notre ignorance de cc qui se passe à l'étranger, dont nous étudions plutôt les excentricités et la littérature que nous ne cherchons à penétrcr les conditions de progrès matériels, a accrédite en France une légende absolument contredite par les faits que 11ous rapporte M. Levasseur. A en croire les Yoyageurs, il faudrait être millionnaire pour vivre de l'autre côté de l'Atlantique. Ils en rapportent tous des notes d'hôtel fantastiques qui font rêver les hôteliers français d'une immense forêt de Bondy peuplée de restaurants et de maisons meublées à exploiter. Notre public gobeur et irrcfléchi croit à ces contes, et, confondant New-York avec Johannesburg et le San Francisco des mines d'or, n'est pas éloigné de croire qu'une paire de chaussures se paie 80 francs a Chicago. M. Lcvasseur nous apprend que cc sont là racontars sans fondement. Les objets d'alimentation, pain, viande, bcmre, sont Ycndus à plus bas prix qu'en France; le chauffage et l'éclairage sont également à meilleur marché. Le vêtement l'est moins. « Cependant, dit-il, on serait induit en erreur, si on ne distinguait pas la confection et la commande; les habits, chapeaux, coiffures d'homme et de femme sur mesure, coùtcnt tous plus qu'à Paris et conviennent à la clientèle aisée; les articles de confection ne coûtent pas plus; j'ai noté un certain nombre de prix qui me permettent de l'affirmer. Or c'est au magasin de confections surtout que s'adresse la famille ouvrière ». Les dépenses de loyer sont plus considérables. Mais cette élévation rcsidc moins dans le taux des loyers proprement dit, que dans les exigences de l'ouvrier américain qui ne saurait se contenter des étroits réduits oü habite la majeure partie de notre classe ouvrière. « Les deux loyers, dit-il, ne représentant pas des jouissances égales, ne sauraient être comparés au point de Ylle du pouvoir commercial de l'argent». Bref, M. Levasseur conclut que le salaire de !'Américain est, avec celui de l' Anglais et du Français, dans le même rapport effectif que le salaire nominal. D'autres chiffres, fournis par des documents anglo-américains, et les rapprochements faits par M. Lcvasseur lui-même, induiraient peutêtre ~'t croire que le pouvoir d'achat de l'argent en Angleterre et en Amérique est plus considérable qu'en France, mais tenons-nous en à l'égalité de valeur effective. L!ouvrier amcricain gagnant de 8 fr. 75 à 10 francs par jour, et pouvant se procurer de l'autre côté de !'Océan les jouissances que
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