La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LE ~IOUVDIENT LITTERAIRE 61 physionomie de Blanqui se dress:H-ellc sur le chemin et sur l'inugin.1tion de son peintre et de son poctc? De quel caillou hcurtl'.: jaillit la bonne ctincclle? Est-cc d'amertume et de dégoùt, au spectacle de nos contemporains à la ,·olonté étriquée, aux courtes ambitions, aux appétits pressés, que surgit l'idée en Geffroy de ressusciter cc clair profil d'intelligence, de Yolonté, d'action et de sacrifice personnel? Est-cc la pitié, au contact de ccrYcaux émiettés, de cœurs défaits, d'espoirs ané:rntis, du pauvre train-train de la politique quotidienne, qui a provoqui.: le désir de magnifier les désastres de tous les jours dans cc vaincu de toute une existence, grandiose paria, prophétc de liberté, toujours sous les Ycrrous, apotrc de lumil'.:rc, toujours dans la ténl'.:brc des cachots? Ou bien, parmi l'insouciance popul.1irc, l'indifférence si souYcnt de la foule, pour laquelle il combattit sans tréYe, Blanqui - dans ces quartiers d':iprc labeur de l'ounicr de Paris où habite et \'ccut Geffroy, la coll'.:rc ne l'a-t-elle point assailli parfois, d'un tel déni de justice à l'égard de celui dont les religions eussent fait un saint, la colère ne l'a-t-elle pas soulevé, porté ù ,,ouloir venger du silence posthume le mort dont le destin a\'ait sans cesse étouffé la voix, vivant ... Blanqui! De la minute oü cette odyssée de clubs et de prisons lui fut ré,·éléc, où le germe de l'œunc tomba en lui, je ne crois pas que l'auteur ait couvé d'autres pages d'un amour plus ardent. 11 semble bien qu'il ait appartenu entier à cette œuwe, qu'il en ait été possédl'.: tout. Dans le journalisme, où il a pris l'une des prcmil'.:n:s places, dans la critique d'art où il s'est mis au premier rang, il semble que tout, mémc les pages définiti\'CS, n'était qu'apprcntissagc et qu'essais pour aboutir à cette œmTc magistrale - tant attendue, et qui, miracle, n'a pas déçu l'attente. Il y avait si longtemps que les amis promettaient aux autres cc linc où deYait se condenser le talent de Geffroy : Blanqui ! N'était-cc pas l'inéluctable excuse du Breton tenace pour se dérober farouchement au monde, :i la camaraderie, même à l'amitic - de l'avis de Renan, sans doute, que le pc-nscur n'appartient point à ses amis, mais à l'h~manité, et qu'il ne se doit pas confiner en des scnments trop exclusifs et trop prenants. Blanqui, la chronique à faire, ce fut dix ans durant la réponse à tout et à tous de l'auteur de l'E11fermé, n'acceptant la vie et les vivants qu'a proximité des salles de redaction, ne s'cloignant des journaux que pour courir aux casemates des citadelles, aux récifs de l'Océ,ltl, oü le révolutionnaire avait été interné, quarante ans ... Ses vacances, ses voyages, c'était po.ur aller interroger le ciel qui avait passé au-dessus des captiYités de Blanqui, les vagues qui avaient léché les rocs de ses cachots ... Oui, il par;iit bien que tout le «journalisme» de Geffroy n'a tendu

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==