PREFACE D'UNE BROCIIURE Sl 11l LA QUESTrON AGRAIRE 695 b propriété. Le territoire national doit devenir la propriété inaliénable <lela nation, pour ètrc cxploitl.'.à: frais et bt11éfic1.:csommuns. Changement grave, qui est de nature à inquiéter, à cflraycr parfois ceux qui doivent en profiter le plus, ~i bien qu'il faut leur en <lémontn:r la légiti111it1'l.'-u,rgence et les a,·antagcs. D'abord, il est de droit. Si la propril.'.:tti'n.:dividuelle est fondée sur le travail personnel, comme l'ont rt'.:pétésur tous les tons les économistes, i quel titre un individu peut-il s'approprier, i l'exclusion des autres, la terre qu'il n'a point faite, la tcrr1.:instrument indispensable i la vie de tous les hommes qui sont nés :'tsa surface? M. de Rothschild, avec sa fortune, pourrait aisément acheter la propriété d'un département français tout entier; et rien dans la loi.:1crnclle ne l'empêche de le convertir en garenne, si cela lui fait plaisir, et d\-n expulser tous les habitants. >l'est-ce pas l.'t un exorbitant privilège? Un prince ou un financier étranger peut dnc:nir, par héritage ou i prix d'or, maitre d'un large fragment de notre pays. N'est-il pas monstrueux qu'il puisse dire aux natifs : - Cc sol est à moi : vous n'y travaillerez qu'avec ma permission. Et, si je veux bien que vous peiniez pour moi, toutes les n:coltcs que vous ferez pousser me rapporteront de l'argent que j'emploierai contre vous lors <lela première guerre. Supposez, au contraire, la terre déclarée propriété collective. Cela veut dire : la terre à tous, chacun propriétaire. Cela veut dire : i chacun son existence assurée, puisque profits et pertes seront partagés entre tous au prorata de leur travail. Cela veut dire : i chacun sa liberté garantie, puisque un richard sans scrupule ne pourra plus refuser du travail à qui en demande, ne pourra plus imposer le choix au journalier qu'il emploie entre son gagne-pain et son vote, entre sa place et sa conviction politique ou religieuse. Supposez la terre déclarée propriété collective. L'agriculture devient une grande entreprise commune, où tous sont intéressés et associés. Cc qu'elle rapporte entre dans la poche de tout le monde et non plus de quelques-uns. Les revenus forment un immense fonds social qui est réparti entre tous les tra,·aillcurs. La société distribue chaque année des dividendes à tous ses membres, comme une compagnie par actions à ses actionnaires. Plus d'impôts. Les ràles sont renversés. La société ne mendie plus d'argent pour vivre; clic paie au lieu d'être payée; et, maitresse des autre; n~oyens de production comme de la terre, elle est assez riche pour qu'il n'y ait plus de pauvres (r). (1) Nous lisons dans La Dépêc/Je (de Toulouse), ."t la date Ju 23 avril 189; : « Les pro.:cdés de toute nature dont dispose le lise viennent <le permettre <le faire J'é,·aluation de la fortune tot.1le de la France. « La forrnne totale de la France s'élè,·c ,1 trois cent Yingt milliuds, dont l.f r n:it~ liards pour Ll fortune immobilière et 179 milliards pour Li fortune mobili~re. "
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