LA PROPRIÉTÉ IDÉALE 1 Les moyens pratiques usuels de l'action politique sont ici, pour <le tels. esprits, les arbres qui cachent la forêt. Voir ainsi les choses, c'est trop meconnaître que tant vaut la doctrine, tant \"aient les moyens. Tout homme qui parle aux foules n'est pas nécessairement un demagogue, et toute foule n'est pas necessairement une masse credule et bornee; fùt-elle ainsi absolument, cet etat creerait à ceux qui lui parlent, au péril d'être méconnus et maltraites, le dnoir de l'élever à la conscience d'elle-même, à la connaissance de ses intér~s réels, contre lesquels elle n'agit jamais sciemment, et de l'intéresser ù son propre développement. Il est de bon ton en même temps qu'aisé de dénigrer ceux qui se sont voués à cette tkhe parfois plus qu'ingratc; il serait plus honorable et plus socialiste de les imiter et de les seconder dans cette œ~1vre d'initiation populaire. Il n'entre pas dans le plan de ce travail, on s'en est dejà aperçu, de tracer un tableau de la société de l'ayenir, encore moins d'étudier le fonctionnement économique de cette société, mais d'indiquer b possibilité d'esquifser les lignes maitresses de cc tableau et d'attribuer enfin à la volonté collectiYe la part déterminante que l'observation des faits nous montre en déYeloppement continu. En réalité, la société, même à ses origines, même dans son état le plus rudimentaire, n'a jamais absolument subi les inconscientes impulsions intérieures et extérieures des faits, sinon dans son ensemble et par des manifestations collectiYes conscientes, du moins par l'action volontaire de ceux que son obéissance à leur volonté faisait alors ses interprctes et ses mandataires autorisés. Mais ces volontés par procuration imposee d'abord, consentie ensuite, étaient arbitraires, ignorantes des relations d'effet à cause, impulsées empiriquement par des phenomcnes actuels et locaux dont l'origine et les relations étaient ignorées. Le savoir, un savoir trcs relatif, existait, certes, mais seulement en un petit nombre d'individus; mais il n'était pas réuni au pouYoir, qui le persecutait plus souvent qu'il ne le consultait. Dans la societé de demain, si cultivée qu'on la suppose, la réunion du savoir et du pouvoir ne sera pas complcte, et nous avons vu plus haut que toujours il subsistera une avant-garde dont l'effort s'epuisera, mais non en vain, à éveiller dans la masse de nouveaux concepts et à la pousser à de nouvelles initiatives. Mais on voit aisément qu'il. sera plus facile d'éclairer dorénavant la masse sur son intérêt et de la déterminer à de nouYclks conquêtes de la nature qu'il ne le fut nagucre et qu'il ne l'est aujourd'hui d'intéresser un autocrate ou une autocratie au bien public, quand l'intérêt de cet autocrate ou de cette autocratie n'y trouve pas directement et immédiatement son compte. Les incompletes démocraties du temps present peuvent encore imiter Louis XIV qui disgraciait Vauban, coupable de s'être intéressé à la miscre publique;
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