La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE ments :l\·.111ce1susqu 1c1en faveur de la thi:se de l'émancipation de la femme. Mais il ne faut pas oublier que les conditions de l'Espagne, l'éducation de son peuple et l'état de la culture en général, sont bien moins avancés que dans le reste de l'Europe occidentale. Or M. Michelena, qui veut parler aux ouvriers et aux femmes du peuple, ne pouvait pas aborder certains côtés de son ardu sujet sans risquer de devenir incompréhensible. i\lais il y a un point sur lequel nous ne nous entendrons jamais avec l'auteur. li parle toujours de la liberté de la femme sans se préoccuper des conditions économiques dans lesquelles la plus gr.111de partie des épouses et des filles sont obligés de vivre. li espére beaucoup de l'union des femmes et beaucoup aussi, peut-être trop, de la générosité des hommes. Or nous croyons que les hommes n'accorderont à la femme aucun droit sans y étre obligés, de même que pour nous l'union de toutes les femmes demeurera toujours à l'état d'hypothèse. Il est évident que la grande division de l'humanité actuelle en exploiteurs et exploités empêchera toujours les femmes ayant des intérêts tout à fait opposés de s'accorder entre elles. La séparation nette du mouvement féministe - d'un côté les bourgeois et de l'.lutrc les femmes du prolétariat - est désormais un fait accompli qui s'accentue d'année en année dans tous les p,1ys industriels. Le dernier congrès féministe dç Berlin a montré combien peu d'attrait offrent pour les ouHières et les institutrices certaines réformes du code ci,·il qui constituern le 11ec plus ultra pour les dames de l'aristocratie et de la classe moyenne. Sans doute il est très légitime, le vœu que la femme puisse placer son argent à la caisse d'épargne et Je retirer à son gré sans que le mari intervienne ou même le sache. Il est injuste que les enfants, au delà d'un certain âge, appartiennent exclusivement au père en cas de séparation et de divorce. Mais tout cela ne touche que de loin, bien loin, la femme du pauvre qui ne possède pas d'argent et ne pourrait jamais donner à 111.111gàerson fils avec le produit de son travail. Non pas du reste que les femmes du proléuriat renoncent il l'espoir d'arriver d'ici peu à cette réforme du code qui est reconnue nécessaire par tous ; elles vo11t même plus loin que les autres dans cette voie. Mais clics demandent, à côté de ces retouches de la loi, la consécration d'un droit supérieur, celui de Yivre sans se faire esclave, sans être exploitées. Or, pour obtenir l'accord qu'on dit nécessaire, il faudrait que même sur cc point les baronnes et les princesses qui se trouvent à la tête du mouvement féministe allassent de l'.want avec leurs servantes. Combien il y en a-t-il qui soient disposées à cc /,:ga sacrifice ? Nous Liisso1,s la réponse il M. Michclena et à tous ceux qui croient à la possibilité d'une union pareille. Cela nous rappelle une ancienne querelle entre les républicains et les socialistes d'Italie. - Vous êtes des traitres, disaient les républicaim aux autres, vous êtes des monarchistes déguisés car vous ne voulez pas marcher a,·cc nous. - Mais votre république, nous la voulons aussi, seulement nous désirons autre chose avec. C'est donc à vous de nous suiHe. Non! Si!! Qui des deux avait raison ? Évidemment les socialistes, répondrez-vous,

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