La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

L'ÉVEIL INDUSTRIEL ET COmlERCIAL DE L'EXTRÜlE-ORIEXT 5ÏÏ Plusieurs causes ont concouru soit i déterminer soit i précipiter son effort. D'abord la péninsule est sous la domination de l'État d'Occident où le système contemporain s'affirme aYcc le plus d'intensité; le Royaume-Uni. Les Anglais cux-m<'.:mcs ont initié les In<lous aux progrés du machinisme; ils ont fondé dans les Trois Présidences, :i l'aide de leurs propres capitaux, les premières usines. Les Yicc-rois ont cru remédier aux famines périodiques en déYcloppant la richesse publique. La matière première, la main-d'œuvrc se présentaient en abondance. De plus l'industrie maitresse, celle qui a dominé la formation, puis l'extension des autres : la filature <lu coton, est née pour ainsi dire, sous la pression de la nécessité. Pendant la guerre de sécession qui avait interrompu les relations entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, l'Inde était devenue la grande pourvoyeuse <les marchés <l'outre-Manche. Après la pacification de l'Union, cc débouché soudain conquis fut subitement fermé par la concurrence trop inégale du coton américain, et en peu d'années, l'exportation de cc textile baissa pour la péninsule de plus de 50 °/ 0 . Elle ne représentait plus que 400 millions en 1883, alors qu'elle a\·ait touche le total énorme de 900 en 1866. Sous peine de ruine, l'Inde devait ccoulcr le trop-plein de son produit. Elle rcYint alors i cette industrie ancienne du coton, où clic avait jadis excellé, et que l'importation britannique avaittotalemcnt ruinée. Elle reconstitua des filatures, avec tout l'appareil moderne, et pendant prcs de quinze ans, jusqu'i l'heure où le Japon entra en ligne à son tour, clic s'assura de larges bcnéfices. Au lieu de l'unique filature de 1855, clic en compta 62 en 1881, . 127 en l 89 I, I..l--~ en 189--1-.Depuis r 882, le capital a passé de 6 i 133 millions de roupies ( r), le nombre des ouvriers de 52,000 à 139,000, celui des métiers de q,ooo à 3--1-,000,celui des broches de 1,550,000 à 3,712,000. En neuf ans, de 1882 à 1891, la Compagnie de Nagpour portait à elle seule ses broches de 10,000 à --1-2,000,ses métiers de 450 à 700. L'Inde réussit d'abord à se suffire à elle-même, et â écarter les filés européens, elle multiplia ensuite ses exportations dans tout !'Extrême-Orient: 28,000 balles en 1877, n2,ooo en 1883, 38ï,OOO en 1894. On devine quel préjudice cette croissance soudaine a causé à l'Angleterre, dont les manufacturiers sàluaient jusqu'alors dans la péninsule le débouché naturel, logique, de leurs cotonnades. Si l'on compare, à douze ans d'intervalle, les exportations de filés britanniques, on est trés surpris d'écrire des chiffres à peu prés identiques, 236 mil~ (1) La roupie vaut nominalement 2 fr. 37. 37 . .

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==