• 1 RE~OU\'ELLEMEKT DU PRIVILÈGE DE LA BANQUE DE FRANCE 535 des actionnaires est non-seulement inutile, mais encore périlleuse. Dès lors lequel, mt'.:mc parmi ceux qui repoussent l'idée d'une Banque d'État, peut s'attacher à défendre le capital-actions? Ceux-là le défendent qui croient à sa nécessité et qui, crédules ,i toutes les légendes, s'imaginent que cc capital forme une g,irantie ù laquelle en un jour de crise on pourrait recourir. Or comment 111; pas s'apercevoir de la parfaite inutilité de ce capital? Certes, un banquier qui édifie une banque pri\·ée, qui app0rte un capit.11, peut dire que cc capital sert au roulement de la banque et qu'il est e1i méme temps une garantie pour ses opérations. Pourquoi? Parce que ce b.111quicr ne peut émettre que des lettres de change, ou se iiHcr :i l'escompte ou aux a\·ances sur titres, - et doit, en un mot, crl'.-cr par son effort propre une ,·aleur réelle. A la garantie de cette valeur il lui faut un capital. ~Llis la Banque de France? Dés le début de son organisation clic a émis des billets de banque. Que lui coùtc cette émission qui demain, par le projet de loi, s'élè\-cra :'t 5 milliards? Elle lui coùte le prix du papier. Et cette circulation fiduciaire qu'elle en\: clle-mémc, qui Ya la garantir? Dans une certaine mesurc l'encaisse mét,illique - et pour le reste, nous l'avons déjù fait remarquer, le portefeuille, c'cst-:'t-dire la réunion des engagements commerciaux. Et les 180 millions d'actions, à quoi peu,-cnt-ils servir? Quelle garantie do11nc11t-ils? Lequel parmi ceux qui traitent a\·cc la Banque se soucie un seul moment de l'existence de cc capital? Cc n'est pas daYantagc la Banque qui y prêtl.! une îortc attention. Cela est si nai que cc capital est tout entier employé en rentes sur l'État. Voilà son utilité! Cela est si Yrai qu'on nc Ycut pas l'accroitre, sentant bien que même égal à trois cents millions il serait encore tellement faible qu'il demeurerait inîécond ! . A cc capital mort on sert cependant un diYidcndc deux fois exorbitant par le chiffre qu'il atteint et par la rémunération indue qu'il représente. Et c'est à l'existence de cc diYidcnde, nous l'avons YU, à l'àprcté que mettent à le conscn·cr et à le défendre les priYilégiés, - que l'on doit le refus formel de réformes qu'opposent à la nation la Banque et aYcc clic le gom·crncmcnt. Des lors, conYaincu de son inutilité et de sa nocuité, lequel voudrait conserver cc capital ? Il est temps de le supprimer. Dira-t-on qu'il faudra indemniser les actionnaires? En tous cas, l'État ne peut connaitre que de sa propre loi. La loi organique de la constitution de la Banque c'est l'action créée au chiffre de 1,000 francs. En Yai11dira-t-on que cc chiffre fut dépassé - et qu'il atteint aujourd'hui 3,685 -francs, aprés avoir monté jusqu'à 7,000 en des époques plus prospères. Si la spéculation a fait croire aux porteurs de titres à l'éternité du privilège, il importe peu à l'État - et quc- la spéculation ait ses risq ucs, personne ne l'ignore .
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