REVUE DES LIVRES REVUE DES LIVRES L'Auvergne, par Jean AJALBERT. - May et lvlotteroz, éditeurs M. Jean Ajalbert, qui est un P,1risien raffiné, est en même temps un enthousiaste de sa province. Cc dont je lui fais mon compliment bien sincère, car rien n'est meilleur à l'âme, plus beau aux yeux, plus vrai enfin, que la vraie nature. Peut-être un esprit cultivé, artiste, comm..: est notre auteur, le sent-il plus vivement encore lorsqu'il séjourne dans une grande ville, où .:hoses et gens prennent forcément une apparence très parée qui sent l'artifi- .:iel. Dans cc livre très gros, c'est presque du lyrisme qui .:oun :i travers les pages, presque un hymne d'amour au pays natal, créateur solide dont en dépit de tous les avatars on se sent la créature. Voyez plutôt de quels traits poétiques et ,·igoureux Ajalbert a, dès la préface, buriné le portrait de son Auvergne : « Cette figure, brusque et grandiose, de cataclysmes, de convulsions et de tourmentes, pétrifiée, calcinée, morte ... d'où continuent à rouler, furieuses et vertigineuses, les larmes éternelles des torrents angoissés ... » Puis cette obsession du Puy-de-Dome revenant aux fins de paragraphes comme un refrain, qu'est-ce sinon la nostalgie de la montagne exerçant son sortilège jusque sur l'habitant de Paris? L'Auvergne, mon Dieu, cela ne représente guères pour le commun des mortels qu'un séjour d'été, où l'on peut boire des eaux guérissantes entre deux excursions. Cette Auvergne-li\, Ajalbert l'abandonne dédaigneusement à la .banalité des touriste~. La sienne, celle qui tient son cœur, qui fait. courir alerte sa plume d'écrivain, c'est « la vraie, dont les solitudes ne sont hantées que de la silhouette primith·e du vacher, de cloches de troupeaux libres dans les pacages, d'un vol de milan, vers les sommets qui fouillent le ciel de leurs cimes fourchues, comme des taureaux de leurs cornes furieuses ... » C'est encore celle des légendes tragiques ou gracieuses, des vieux donjons impérieux, brutaux comme l'époque féodale. Sur les rochers hautains qui leur servent de socles ils apparaissent à chaque bout d'horizon, heurtant les nuages de leurs débris restés menacants. Elles ne sont pas toujours belles, les confessions qui leur échappent I Et elles en disent long, les cuisines monstrueuses, les caves monumentales sur les mœurs de jadis, la complète récolte d'un pays ne servant qu'à abreuver et rassasier le seigneur, coulant à b maison du maître, comme coule le fleuve à l'océan! Effrayants par leur nombre, ks sou-
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