La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÈLCS 48➔ Et depuis ces paroles si pn'.:cises et si judicieuses de Millerand, de nouveaux faits se sont produits: la flotte internationale tirant sur les insurgés crétois dont l'audace brave et le Turc et l'Europe même. Cc dernier fait donne bien à l'intervention européenne un caractérc de protection accordée à l'armée turque de Crétc, à cette armée qui s'apprêtait déjà à quelque joyeux massacre sans le soulèvement des Crétois et l'expédition protectrice du colonel \'assos. Après la n'.:ponsc de M. Méline, Jaurès est intervenu traitant successivement les trois points principaux de l'argumentation du gouvernement. On Yeut d'abord, dit-il, préserYcr la paix européenne et on prétend qu'un agrandissement territorial ou politique de la Grécc allumerait les convoitises Je tous les autres peuples des Balkans ; mais qui ne voit que la Serbie et la Bulgarie, par exemple, entretiennent des rapports cordiaux aYcc la Grccc, parce que ces peuples comprennent que la croissance dans l'Orient de l'Europe d'un État libre comme la Gréce peut assurer des garanties nom·clles d'indépendance et contre l'Autriche-Hongrie et contre la Russie, à tous ces peuples qui ne veulent pas être absorbés. C'est au contraire YOtrc politique qui porte en elle le danger de la guerre. Le sult:m;; joué et trompe l'Europe; il assiste à la glorification de sa propre impunité et de son propre crime. Vous n'avez rien fait en faveur des Arméniens résignés, mais contre les Crétois qui trouvent peu supportable le régime du massacre chronique, vous intervenez aussitàt. Le sultan se moque de vous et il recommence en cc moment même ( cc qui est le su prêmc danger pour la paix) les massacres d'Arménie : « Est-cc la paix? C'est peut- « être notre paix à nous et pour un moment notre paix étroite, « notre paix égoïste. Mais cc n'est pas une paix que cette paix san- « glante, c'est la caricature de la paix, c'est la forme la plus odieuse « de la guerre. >> L'intêrêt des porteurs de Yaleurs ottomanes tend à maintenir l'intégrité de l'empire turc et influe sur la politique française, dont elle est un facteur important. Le gouvernement a parlé aussi de la nécessité de ne pas affaiblir le concert européen : « Nous assistons, sous le prétexte de ce qu'on « appelle le concert européen, à ces deux choses : d'une part, toutes « les grandes puissances d'absolutisme qui sont encore dans l'Europe, « affirmant leur politique, imposant et proclamant leur volonté, et, « a côté, le silence de la France républicaio·e, qui ne fait pas à cette « poussée des forces autocratiques en Europe un suffisant contre- « poids. » L'Europe en 1827 était aussi opposée à la renaissance politique du peuple grec, mais la France, sous l'action de l'opinion publique, a échappé à l'étreinte de la Sainte-Alliance et a « acheminé peu à peu « le concert europcen à une politique plus libérale et plus humaine. »

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