La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

374 LA REVUE SOCIALISTE son Jb·cloppemcnt dans ses grandes phases, à l'aide des documents qui nous sont fournis par l'ethnologie, l'histoire des mœurs, des religions, de l.i culture esthétiqu<.: et sci<.:ntifiquc. » On ne méconnaîtra pas sans doute les rapports qui lient cette genèse des émotions <.:tdes passions à ce qu'on <.:Sctonvenu d'appeler la conception matérialist<.: d<.:l'histoire. Et comme l'une: et l'autre ont été souvent mésinterpn'.:té<.:so, n remarquera que M. Th. Ribot tout en insistant sur le développement Je b molécule ancestrale, sur l'innéité (les théologiens diraient la gràce), sur les actions du mili..:u et sur le hasard (il y a sur le dernier point Je trés curicus<.:sobsen·ations.), met en lumière, comme l'avaient tkjà fait Cournot et Taine à propos du langage, le rôle prépondérant des « inventeurs » en morale, et sp<:cialement en morale sociale. Y a-t-il au fond d'autre morale que la morale sociale? Il remarque très finement que c'est surtout dans la conception génétique ou, comme on dit, matérialiste du développement historique que le rôle de l'im·ention morale a sa place marquée.« Si l'on admet, écrit-il, non une mor,1le toute fait<.:,mais une morale qui se fait, il faut bien qu'elle soit la crl'.:,ition, la découverte d'un individu ou d'un groupe. » Individu ou groupe, le point délicat d<.:la question est posé. « Tous les grands législateurs ont été des fondateurs en morale, que l'invention vienne d'eux seuls ou d'une collectivité dont ils sont le résumé et l'incarnation; peu importe.» L'individu, dans le sens large et fécond, est un individu social. C'ést cc qu'on a exprimé bien sou\·ent en disant que les plus fortes originalités historiques <.:xprimcnt le plus puissamment leur milieu et leur temps. I 'auteur remarque et ce point est, dit-il, de toute importance « que la conception théorique d'un idéal moral plus élevé, d'une étap<.: à franchir, ne suffit pas, il faut une émotion puissant<.: qui fasse agir et, par contagion, communique aux autres son propre élan. La marche en ,l\'ant se proportionne à ce qui est senti, non à ce qui est conçu.» Ici nous quittons le terrain de la psychologie proprement dite : quelles sont les passions sociales ks plus puissantes actuellement, celles qui trom·eront toutc5 prétt:s les théories propres à ks justifier, car le concours de cc qui est conçu et d<.:cc qui est senti est indispensable. Parmi les émotions il en est deux qu'on reproche volontiers aux socialistes, l'cm·ic et la haine. Quand ces émotions révèlent un caractère social, clics prennent un autre nom : le sentiment passionné d<.:la justice, le sentiment de la révolte. li y aurait une étude génétique à faire sur ces deux émotions. On prendrait comme point de départ le chapitre de i\1. Th. Ri bot sur la colère, plein d'indications excellentes. L<.l:ivre se termine par une psychologie des caractères, caractères normaux et caractères morbides, et par Llnc étude sur la dissolution de la vie affective qui complète les monographies bien connues de l'auteur sur les maladies Je la volonté, de la mémoire, de la pc'rsonnalité. . Le difficile, dans cette partie de l'ouvrage, était de ne pas tomber dans l'exagération, de ne pas donner à la vérité partielle l'allure du paradoxe. On sait si Taine, dans son Essai rnr l' Infl'lligmce, avait éYité l'écueil. Le livre de M. Th. Hibot gagne cette gageure d'être d'une psychologie très riche et d'une logiqu<.:prudente.

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