La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE son propre patron. Alors, <lemèmc que le travail <lu bagne a « produit sur Dominique l'effet d'une médication Yigoureusc et rétabli l'équilibre moral en sa fr<'.:lenature », de même le tra\·ail manuel apaisant et n'.:o·ulier n'.:confortc son ùmc douloureuse. Désormais Dominique est ::, sauvé; il ira s'améliorant s:111scesse, voyant plus haut et plus juste, faisant le bien sans effort, affermissant les pas Je ceux qui chancéknt dans la vie. La toute-pui~santc bonté a fait son œuvrc. N'y eùt-il dans cc livre que cette conclusion hautement bienfaisante, j'en remercierais ici M. Paul Brûlat. Mais j'y trouve plus encore. J'y· trouve une réaction Yigoureuse contre la tendance de ces quinze derniéres années, qui poussait nos jeunes hommes à contempler le spectacle <lu monde en obsen·ateurs dédaigneux. J'y trouve un agiss.1nt enthousiasme, qui contraste heureusement avec la froide et scientifique indifférence que nous avait Yaluc le naturalisme. J'y trouve la Foi enfin, et je prie qu'on me passe cc mot, parce qu'il est celui qui rend exactement l'ardeur communicative déployée par l'auteur. Une foi plus large, plus bienfaisante, plus naiment efficace que celles enfermées dans un dogme. Cc que Dominique rève pour l'humanité, c'est « une morale permettant au bon, au juste de se défendre, sans le berner avec l'espoir vain d'une récompense future; une morale enfin, qui, avant toute chose ait consacré le droit à la vie. » Et lui-même se soumet à ces préceptes qu'il a reconnu justes. Rencontrant dans Paris une fiancée de jadis qu'il avait beaucoup aim<'.:e, il devient pour cette femme le meilleur des guides. Elle est mariée sans amour, c'est avec une grande émotion qu'elle n~voit l'ami-de sa jeunesse. Elle s'éprend à nouveau de Dominique, se montre pn'.:tc a lui sacrifier son mari. Mais Dominique se refuse à léser cet innocent, à pousser cette femme au mensonge. Il la raisonne, lui persuade que le bonheur est avant tout dans les solutions droites, la rejette aux bras de son mari. Pour ma part je trouve cette conclusion infiniment plus originale que l'éternel et banal adultére dont nous fùmes tant saturés. La langue de M. Paul Brulat est trés soignée - un.peu trop pcut- <'.:trc. Je veux dire que ses personnages s'expriment uniformément comme il s'exprimerait lui-111<'.:me.Ect omme il me parait être u11erî1111c11 peu m dehors, il s'ensuit que la plupart de ses héros possédcnt un tact, un goùt, une divination du cœur qu'il me parait malaisé de rencontrer aussi répandus dans la Yie de tous les jours. En outre certaines de ses assertions me semblent au moins hasardeuses, par exemple lorsqu'il prononce sans sourciller: « Les carriéres purement artistiques n'offraient rien de sùr et l'art l11i-111e111e tendrait de plus eu pins ti disparaître dcYant les progrés envahissants de la science. » - J'cspérc ardemment, pour ma part, que la sagacité de l'auteur est ici en défaut. De quoi, par exemple, je le louerai sans réserve, c'est du soin, de

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