La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

2So , LA REVUE SOCIALISTE :\ tenir compte par rapport ù l'histoire de la marche de l'esprit humain, Pythagore nous est trop peu connu, sa belle et noble figure est trop indcciscrnent noyée au sein des brumes du matin des :1ges, pour que nous tentions de retrouYer l'homme et son œunc sous ks draperies imposantes, :\.tr~.Yers l'attitude rnarrnon'.:ennc, de la statue bissée à la postérité. Chez les positifs Romains, Tacite a tracé, ainsi qu'un 1110délc, son tableau des 1\Jfo,,,rsdes Ger111ai11s. Rien dans tout cela qui ait des racines bien profondes, qui appartienne à un sol nourricier auquel soit empruntée la sèYe géncratricc procurant le goût de terroir en même temps qu'elle fait monter la Yie saine, forte, ,-raiment physiologique. AYec Xénophon, nous ne nous trou,·ons en prcsencc que d'un soldat artiste comme tout fils d'Hcllas, ayant consen·c en son imaginatif cerYeau des restes de l'iné,·itablc mirage d'Asie, de cc mirage grisant qui sur\'it :\.tout, et qui lui fit oublier le: Thalassa! Thrrlrrssa! du Pont-Euxin aperçu au dernier jour, si ardemment appelé, de la Retrrri!Id' esDix 111ille. Avec Platon, nous n'ayons affaire qu'aux combinaisons d'un idcalismc transcendant, pour qui les hommes ne sont que des facteurs permettant de poser un problcmc, les cordes d'un instrument ne valant que par les sons qu'on en tire et dont les harmoniques accords planent dans l'espace, bien au-dessus de lcl\rs Yibr;ltions sonores. Pythagore est un père d'église réclamant des initiés et fermant aux profanes les portes de son couYent. Tacite, enfin, est un historien qui se délasse, un ccœurc qui, pour ne pas YOir cc qui se passe autour de lui, porte ses regards au loin et les fo:·cc ;\.errer sur le détendant, calmant, rafraichissant horizon. La grande ré\'olution sociale chrétienne se ressent de ses origines mystiques, partie orientales, partie néo-platoniciennes. Son royaume rê\'é, de même que celui de sa mythique expression, de son homrncdieu, 11'esl pas de ce 111011de. Cc n'est qu'indircctcment, par contre-coup, qu'elle rcagit sur le sort des humbles de la terre. A quoi bon s'occuper de la guenille:\ Yêtir encore si peu! Les temps ne sont-ils pas proches! La nouYcllc Jérusalem ne Ya-t-cllc pas dresser au premier jour ses murailles éblouissantes de cclcstc lumicre ! Le royaume du Pérc, du Fils et de ]'Esprit, ne rncttra-t-il pas tout:\ sa place, n'ctablira-t-il pas le régime d'éternelle justice? Les épris de cc songe, alors qu'il ne sera plus possible, que la rude réalité l'aura anéanti dans la tristesse, l'infinie mélancolie, d'un nostalgique r<:Ycil, se rcfugicront au sein des cloitres, acharnés :t l'existence extasiée. La Renaissance ne secouera cette atmosphcrc somnambulique que pour demander au classique passé, .1 la fascinante antiquité retrouvée, la clef du présent voulu et de l'avenir souhaité. Campanella, dans sa Cilé du soleil, Thomas More, dans son Utopie, François Bacon, dans sa Nouvelle Atla11tide, comme plus tard Fénelon, dans la Salcnte de son Télé111aq11e, hellénisent le christianisme ou bap-

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