266 LA REVUE SOCIALISTE mènes que produisent leurs inconscientes combinaisons, et ncn de nous-mêmes. Il tombe sous le sens qu'entre le mépris des faits et la soumission aveugle à leurs mouvements mécaniques, entre l'ignor:tnce des phénomènes qu'engendrent leurs relations et le fakirisme scientifique qui se bornerait à constater et à subir l'action de ces phénomènes, il y a pbce pour un déterminisme d'autant plus autorisé et plus fécond qu'il sera plus éclairé, puisqu'en somme notre liberté est la faniltè de discerner le meilleur mobile et que nous sommes d'autant plus libres que notre entendement s'exerce sur un plus grand nombre de mobiles. Notre liberté se meut dans les limites de la fatalité; est-cc une raison de nier la liberté? Il faudrait, alors, en se plaçant au centre de cet absolu métaphysique qu'est l'inconnaissable, nier que nous ayons reculé ces limites. Nous pouvons et nous dcYons donc faire aujourd'hui, consciemment et systématiquement, d'une manierc plus sùre, plus rapide et plus radicale, cc que les générations passées ont fait d'instinct et à grande perte de .temps et d'efforts : le pouvoir d'autod•~termination d'une société telle que la nàtrc est cent fois plus grand que le despotisme le plus absolu du plus absolu despote de l'Afrique centrale ou de ]'Extrême-Orient. Est-cc à dire que la société actuelle pourrait se laisser suggérer impunément par quelque philosophe en delire des Youloirs qui seraient en opposition formelle et fondamentale aYec le sens d'évolution des phénomènes actuels? Il y a toujours une certaine absurdité à supposer l'absurde, et il ne yaudrait pas la peine de s'y arrêter si, par un accord impréYu pour qui ne connait l'identité originelle des tenants objectivistes et subjectivistes de l'absolu, le malheureux Jean-Jacques n'était accusé aujourd'hui encore d'avoir donné à la Révolution française une direction fausse et arbitraire, dont les épreuves que la société subit depuis un siècle seraient la conséquence. C'est faire, à la fois, grande injure et grand honneur à l'éloquent auteur du Colllrat social. Ces deux erreurs grossières : la bonté originelle de l'homme et le contrat présidant à la formation des premières sociétès, résultat d'une \'ue· idealistc des choses trop impressionnee par le présent et point assez renseignée par le passé, n'ont pas plus fait errer la soci~tè née de la Révolution dans son ardente aspiration au progrcs individuel et à une organisation raisonnée ~s volontés et des efforts de tous, que l'interprétation d'un chapitre theocratique de la Bible par les Puritains n'a fait errer les Anglais du dix-scpticmc siècle et les Français du dix-huitième, dans leur aspiration aux <lroits de l'homme et du citoyen. Le malaise social constaté au cours du prèsent siecle n'est pas imputable aux théories: cc n'est pas plus la faute de Voltaire que celle de Rousseau si des intérêts et des ignorances - parfois, c'est tout un - unissent mille forces actives et passives pour s'opposer au
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