LA REVUE SOCIALISTE nous alicncrait l'Allemagne, dont nous nous rapprochons insensiblement, pour frayer la YOie à l'on ne sait quel scandale futur. Timidement, modestement, nous allons au second plan, ;\ distance respectueuse, fixant nos regards sur la marche du czar. Pour un peu, pleins des souYcnirs de l'cxpcdition <l'Espagne, nos ministres solliciteraient l'honneur <lerctablir la domination ottomane en Crete. Heureusement, chez nous, <lcrrierc la façade des dirigeants, il y a un esprit public qui ne se rcp:rnd pas toujours au dehors et qui a un peu dcsappris l'action,, mais qui, une fois de plus, vient de sauver l'honneur de la dcmocratic française. Ceci sera notre conclusion : nous ne Youlons pas cmpicter sur le domaine des protocoles; nous n'entendons pas cmettre des considcrations sur la Yigucur ou l'impuissance de la diplomatie, et nous n'affecterons pas <le prévoir les cvénemcnts qui décideront du sort d'Ab<l-ulHamid, et qui transformeront la face de l'Empire ottoman. Mais il y a un fait qui nous a frappé au suprC:mc dcgrc; - car jamais il ne s'ctait aussi hautement manifestc que dans la crise crétoise : - c'est l'antagonisme des peuples et des gouycrnements. Les peuples n'ont rien appris, ni rien désappris; les gouvernements n'ont rien acquis, ni rien oublié. Les grands courants de passion, d'enthousiasme, de ferveur généreuse qui galvanisaient les foules :i. l'époque des Orientales, plus tard au temps de Kossuth, de Mazzini et de Garibaldi, nous les rctrom·ons Yisiblcs, brûlants à travers la glace du scepticisme contemporain. Il y a encore une timc du peuple, que l'indifférence n'a pas conquise, que le souci des intcréts matcricls n'a point dcsscchéc, qui ,·ibrc aux nobles Yisions et aux idccs d'affranchissement. Elle reste, celle-Li, franchement cosmopolite et humanitaire, et clic ne sait pas encore, elle ne saura jamais restreindre ses sympathies. Elle va d'instinct aux gr:1ndes doctrines de socialisme international et d'uniYcrsellc fraternité que nous nous faisons gloire de dcfcndre. Et puis il y a ]';\me racornie des dirigeants, dcsappointés, consternes devant ces élans gcncrcux des foules, dcYant ces mouvements qui se rcpcrcutent :1u loin et qui pourraient tout balayer sur leur passage. Jadis l'hiatus s':1ffi.rmait dcj:i.; mais il est maintenant plus large, plus béant que jamais. C'est à ces heures de crise suprême que s'accuse la faiblesse des gouvernements prccaires, étayes sur des principes morts et des organismes anémiés. C'est alors qu'on saisit, sur le vif, l'œuvrc incluetable du temps, l'action lente mais fé,onde de l'idce, et qu'on se prend l espérer tout de ces masses palpit:rntes qu'un souffle fait dresser pour la ddcnsc des causes lointaines et de la justice éternelle. PAUL LOUIS.
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