La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

2q LA RE\'UE SOCIALISTE En second lieu, la loi allemande règle la production intérieure et fixe nn contingent annuel de production qui ne peut pas être dépassé, d'oü régulation du marché intèricur et limitation des sacrifices à demander :rn budget pour le paiement des primes. Jaures démontre ensuite qu'il ne suffit pas d'adopter les mesures mises en pratique en Allemagne. Notre situation est différente. Chez nous la raffinerie est prépondérante : elle a déYeloppe sa puissance, deYenue dominatrice, à l't'.poquc où clic raffinait surtout les sucres coloni:n1x, tandis qu'en Allemagne la sucrerie et la raffinerie se sont dèveloppées sirnultanèmcnt et d'un pas égal. En Allemagne, la culture de la betteraye appartient à de grands propriétaires qui sont, pour la plupart, les actionnaires des sucreries et raffineries. Une solidarité existe entre les différents organismes de la production sucrière. En France, au contraire, la. raffinerie possedc un monopole de fait qu'elle exerce contre l'intérêt général et dont elle se sert pour maîtriser et exploiter la fabrique. Cette dernière se retourne, à son tour, vers le petit propriètaire qui cultive la bcttcraYe, et clic le rançonne sans pitié, parce qu'il est économiquement le plus faible. Le paysan ne peut vendre qu'à la fabrique: il doit donc en subir les conditions. Outre l'abaissement du prix, il est fraudé de mille façons. Il est liè à merci, incapable de se dèfcndrc. Aussi, les grands chàtcaux. des fabricants, les appcllc+on familièrement au Yillagc le château de la bascule, le chàteau de la tare, le ch.'itcau de la densité. « Puisqu'il apparaît que ,·ous avez besoin de « protéger, en l'organisant micu:x., votre production sucrière, et puis « qu'il apparait que, dans la production sucrière d'aujourd'hui, les cul- « tivatcurs sont dominés et trop souvent exploités par les grands fabri- « cànts de sucre, que ceux-ci à leur tour sont dominés et trop souvent << exploités par le monopole des raffineurs, qui tiennent dans leurs « mains toute la production et toute la consommation, il n'y a qu'un « moyen de rcgulariscr et de fortifier notre production de sucre; c'est « d'arracher au petit groupe d'industriels puissants qui dcticnt la raffi- « ncric le monopole de fait dont ils abusent, pour faire de cc monopole « oligarchique, contraire non seulement à l'egalité dcmocratiquc, << mais à l'intérêt de la production sucrit'.:rc, un monopole d'État qui « traYaillerait dans l'intèrêt de tous, à développer la production même « du sucre. » Et plus tard, dans sa réplique, .apres que le ministre eut officiellement reconnu l'existence du syndicat des raffineurs, Jaurès ajoute: « Lorsqu'il vient ainsi constater à cette tribune qu'il y a eu, en effet, « de la part des raffineurs, un syndicat d'accaparement qui s'est tra- « duit d'une façon habituelle par une majoration du prix des sucres, « cc n'est pas le ministre du commerce qui dcYrait être à cette tri- « bunc, mais le ministre de la justice. ,,

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