La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LEÇON FAmLJÉRE DE SOCIALJS~IE 197 leur a pas appartenu. Qui donc a pu venir s'immiscer dans leurs affaires? Qui a pu, qui a osé mettre la main sur le produit de leur travail ? Quelques-uns de ceux qui m'écoutaient furent frappés : « C'est Yrai ! » firent-ils. Mais ils se ravisércnt aussitàt et dcmand1.:rcnt : « Sans capitaux, qu'auraient fait les travailleurs? » - Voilà, répliquai-je, voilà où est le mal. Si les travailleurs avaient eu un capital, ils auraient joui de tout cc qui leur appartenait. Et, au contraire, les capitalistes le leur ont presque tout pris. Le capital a été augmenté, et, après chaque récolte, il le scr:1 encore. Et si, dans dix ans, nous les prodnctcurs, nous voulons dire une bonne fois pour toutes que le produit intégral de notre travail nous app:irtient, les usurpateurs nous diront : « Et nos capitaux, n'ont-ils rien produit?» Or, leurs capitaux, on le voit, seront l'accumulation de cc qu'ils nous auront enlevé. Aujourd'hui même, avant d'être augmentés, ils ont une origine analogue. - Tout cela est nai, me dit quelqu'un d'un air résigné, mais que peut-on y faire? c'est comme ça! ... Une idcc m'ctait Ycnuc : amener insensiblement face 1 face avec la doctrine socialiste, sans quitter le point de vue agricole, les plus intelligents de mes interlocuteurs. Tout d'abord, je ne voulus rien brusquer. -- Oui, dis-je, c'est comme ça. Non seulement pour une de nos récoltes, mais pour toutes. Nous seuls avons produit nos cén'.:ales, et pourtant, pendant que nous les livrons à vil prix, messieurs les spcculateurs continuent, grkc à de faciles manœuvrcs, à en retirer de gros bénéfices. Ainsi encore, et même pis, pour nos produits séricicoles. C'est injuste et découragc:mt que le plus grand nombre travaille ainsi toujours pour le profit de quelques-uns. li en est comme autrefois, quand les riches possédaient des esclaves. Celui-li eùt couru grand risque d'être pris pour fou, qui aurait contc~tc la légitimitc de leurs droits sur ces hommes. Et pourtant, que sont-ils devenus ces droits qui paraissaient si indiscutables? On a commencé par affirmer qu'ils étaient injustes, et cette idée nouvelle, qui choquait tout <l'abord, est devenue peu à peu familière à tous. Ne croyez-vous pas que la même chose arrivera aux riches modernes? Apres tout, ils n'ont pas des droits mieux fondés que ceux d'autrefois. Ils semblent ne posséder que le capital; mais ils ne le produisent pas, et, par lui, ils posscdent le travail, de l'homme, c'cst-i-dire l'hom111e lui-même. Les maîtres d'autrefois sont rentrés dans leur possession illégitime et absurde par une voie détournée. L'esclavage est moins apparent, mais il subsiste. Pourtant, ayant pu en décider l'abolition une premiére fois, on le pourra encore. On la n;aJisera radicalement, grùce aux idées aussi

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