186 LA RE\"UE SOCIALISTE « Je crois», dit ;\l. \\'airas,« que le n-ai est vrai quelles que soient ses conséquences morales, mais je crois aussi que le juste est juste quelles que soient ses conséquences économiques>> (1). Le malheur est qu'on ne puisse p:1sdu tout concilier les deux, au sens ou le ,·oudrait M. \\'airas; il suffit, pour qu'on ne les puisse plus jamais concilier ainsi, que le fait, une seule fois, ait marché sur le droit. Préparer de la justice dUinitiYe et lointaine, avec de l'injustice intcrmediaire et prochaine, cela n'est pas juste. Et mieux Yaut commencer par croire « surtout » que le juste est juste quelles que soient ses consequences economiques. M. \Valras, mathematicien, n'a pas youlu traiter de la question sociale sans trouYcr le « lieu » mathematique du fait et du droit. De m0me il n'a pas Youlu conceYoir un ideal où tout ne fùt pas exactement calcule. Sans doute il est, cette fois-ci, arriYe à ses fins, mais n'eùt-il pas mieux fait de commencer par calculer que cc calcul mèmc est souYent onereux, et que mieux vaut, sou\'ent, se fier tout simplement aux sentiments de la solidarite humaine; il est un peu etrange, Yraiment, de tant s'inquiéter pour le châtcau-laffitte ct pour sa future distribution, quand c'est pour le pain et pour l'éducation que s'engage par le monde la bataille soci.1le; ;\[. \\.alr.1s croit pou\'oir « affirmc:r qu'il y aura moins de grands médecins, de grands artistes, de gr,1nds administrateurs, quand la récompense des plus rudes efforts ne pourra consister qu'à boire de la biére ou du cidre, en mangeant des choux et des pommes de terre>> (2). Cc saYant sait pourtant bien qu'il y a des saYants qui n'ont jamais attendu de la société cette espécc de récompense; il sait bien qu'on peut :ivoir donné sa vie à une science pour des raisons et pour des sentiments tout à fait étrangers audit chùteaulaffitte. « Peut-ètre », et tel est son espoir, mais à longue cchéancc, cc un jour Yiendra-t-il où l'homme traYaillera et epargncra sous l'impulsion unique de l'amour d'autrui ... >>(3). Non seulement il n'est pas défendu d'espérer, mais il y a tout lieu de croire que cc jour Yiendra, sans tarder longtemps, aux citoyens de la cite future. Alors les moissonneurs de blés ne seront pas moins solidaires que ne le sont dés à présent quciLJUes-uns de ceux qui font la moisson des idccs. Les travailleurs de tous les metiers auront pour le tra\'ail de leurs concitoyens ces sentiments de respect, de piété mèmc, aYcc lesquels M. \Valras, par exemple, a eu le soin de nous rcpresentcr la Yic et le traYail de Gossen, mort ignoré ... (I) Page 42 (Prcmiàe leçon). (2) Page 232 / Tbéorie de la propriété). (3) Page 233 (Tbéoric de la propriété). C. P.
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