La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA PROPRIÉTÉ IDÉALE I I spécialisation industrielle ne leur permettait plus de cultiver ni de produire. Ces premiers artisans se group(rent naturellement autour des lieux sacrés qui ét:iient à la fois des temples et des marchés et, réunis aux rnarclnnds, formcrent les prcmicres \'illcs. La di\'ision manufacturit'.:re du tra\'ail, qui a fait de l'artisan un om-rier, en réduisant celui-ci à la fonction d'un outil \'i\'ant !i. qui l'intelligence serait plus nuisible qu'utile, est également née de l'excédent épargné de la production. Tel industriel occupant dix ou douze artisans s'est un beau jour aperçu (trcs tard, car cette forme de production est relati,·cmcnt moderne et ne rcmontt: gucre plus haut que la Renaissance) qu'au lieu de foire exécuter par chacun de ses ouwins les dix ou douze opérations que nécessitait la confoction d'un objet, le tra\'ail irait beaucoup plus \'itc si chaque ouvrier ne st: liHait qu':'t une seule opération sans cesse répétée, attendu que chacun, astreint aux mêmes gestes, lt:s cxécutuait plus rapidement. C'est l'histoire dt: la fabrication de l'épingle d'Adam Smith. C'est Li n'.:ellement l'origine de la propriété capitaliste et le point de départ de son développement. Des lors, l'ouwier Yoit lui échapper les deux moyens. qui pou\'aient lui donner la propriété dL:son travail : son outil, incorporé à la manufacture et devenu la propriété du patron, et son acquis professionnel, dontccluici n'a plus que faire. L'introduction des machines dans l'industrie n'a pu é,·idemment profiter qu'à ceux qui a\'aient pris l'avance, c'est-à-dire à ceux d'entre les p:itrons qui arnient le plus habilement et le plus intensément pratiqué la division manufacturiérc du tra,·ail, et si l'on yeut se rendre compte dc l'impossibilité oü est aujourd'hui le tra\'ailleur de reprendre possession de son outil d'antan et de rede,·enir le propriétaire de tout le produit de son labeur, il faudra d'une part considérer que la force totale déployée par les moteurs mécaniques en France approche celle que déploieraient soixante-quinze à quatrcYingt millions d'hommes faits. li ne peut donc être question de détrnire cette force pour lui substituer celle que produiraient cinq à six millions d'ounicrs et d'ouHiéres par leurs seuls bras armés de l'outil primitif. Il ne peut pas être da,·antagL:question de répartir cette force entre les traYaillcurs réindividualisés et r~installés chacun chez soi, puisque, sauf exceptions infimes, chacun de ces moteurs méc:iniques qui produisent cette force nécessite la coopération d'un certain nombre d'ouwicrs. li faudra de plus et surtout corisidércr que, si l'artisan pouYait presque toujours, jadis, épargner de quoi acheter ses outils ou les. fabriquer lui-même, à mesure que se perfectionnent les machines, le matériel de production devient de plus en plus coûteux au regard du prix de la main-d'œuvre : Le personnel des chemins de fer réunis, qui compte enYiron cent mille indiYidus, aurait à Yerser un capital de quatorze milliards, soit pour chaque ouvrier ou employé un capital de

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