LA COLONISATION SOUS LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE I Ï I mètre conquis leur est un nouveau profit, et qu'apn:s aYoir fourni le matériel de la campagne, inutilisable comme à Madagascar, ils obtiendront encore l'adjudication des grands traYaux publics et établiront d'énormes devis toujours acceptés. Les bénéfices démesurés ne leur suffisent pas. Il leur faut le droit exclusif. Ils ont réussi :t se constituer au Congo, en Guinée, des domaines où les hectares ne se chiffrent ni par centaines, ni par milliers, mais par millions. Ils ne se bornent pas à cultiver, à couper; ils empêchent autrui de couper, de cultiver. Ils sont les seigneurs et maitres des régions occupées, :rn prix du sang, par nos soldats, et qu'ils tiennent de la signature bénérnle d'un ministre. lis exigent le monopole de droit et de fait : dans les concessions forestiéres d' Afriq uc, défense aux indigènes de travailler, sinon pour la féodalité nouYcllc organisée cent ans aprés 89, sur le continent vierge oü jusqu'alors erraient les tribus nomades, dans la pleine liberté de b brousse. On objecte que cette pratique n'est pas un système, que ces concessions sont rares et qu'on en a abrogé quelques-unes : soit. Mais ne parle-t-on pas, depuis des années, de relever les grandes compagnies de colonisation que l'ancien régime avait connues, et que l'Angleterre et l'Allemagne ont fort encouragées à une date récente? N'avonsnous pas vu les cercles coloniaux, les comités financiers, oü s'élaboraient déjà à l'ombre de la faveur gouvernementale les scandales de la Tunisie et du Tonkin - pour ne mentionner que ceux-là - mener une campagne active pour généraliser le monopole, et pourvoir les sociétés par actions de certains droits régaliens qui n'appartiennent qu'a la colkctiYité? Francis Charmes, Leroy-Beaulieu, d'autres publicistes du parti conservateur, des écriYains qui, comme ceux-ci, prétendent soutenir les principes de l'économie orthodoxe, ont consacré à la défense de cette cause de chaleureux articles. Combattre leurs conclusions, c'est combattre le systémc capitaliste qui s'épanouit naturellement partout oü il s'implante. Si leurs développements YOnt au rebours de tout droit, ils découlent du régime politique et social contemporain aYcc la rigueur d'un syllogisme. Monopoles et accaparement dans la métropole: monopoles et accaparement aux colonies. Pourquoi non? Pourquoi les détcntct;rs de l'or, qui se sont déjà si grassement pourvus dans nos dépendances, n'iraient-ils pas jusqu'au bout? L'aristocratie d'Angleterre a bien fondé ses compagnies « Chartcred >) du Niger, de l'Est Africain, de l'Afrique Australe, qui se sont signalees dans ces cinq ou six annees pai· les plus étranges flibustcrics qu'ait enregistrées notre génération ! Le monde entier exploité par la finance cosmopolite, comme l'Inde le fut jadis par les Clive et les "\1/arrcn Hastings: déroulement d'une logique extrême et dont seuls les ignorants pcuYcnt marquer
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