LA COLONISATION SOUS LA TROJSri:'.ME RÉPUBLIQUE I 6 l sept fois. Mais ces statistiques ne sont pas suffi.s:unment concluant1:s, car elks ne contiennent pas l\'.:tat au vrai des prodigalités financieres où la République capitaliste a \·erse. A côté des sommes incorporées aux prévisions annuelles, il y a eu des demandes de suppléments, des 0U\'ertures spéciales de crédits pour chaque campagne. La derniere expédition de Madagascar a coûté 65 millions qui n'ont pas été inscrits au budget général. Grlce aux expédients que les ministères successifs ont adoptés pour dissimuler les frais de nos innombrables campagnes, il est tn:s difficile de sa\'oir combien nos colonies nous ont réellement coùté en ces quinze dernières années. Si l'on en croit certains publicistes, de 1862 à 1885, la Cochinchine aurait absorbé 28--1-millions. D'aprés Camille Pclletan, de 1881 :'i 1885, le Tonkin aurait déYoré 269, la Tunisie 126, J\Iadagascar 22 millions. I.e Soudan a. bien englouti roo millions depuis 1881, et la conquête du Dahomey de 25 à 30. Cc ne sont L'i que des chiffres approximatifs, mais qui ont du moins le mérite de jeter quelque lumière sur les gaspillages de l'État moderne. Dans le total de 83 millions que comportent les pn'.:\·ision~ pour 1897, les crédits militaires occupent une place énorme, plus des deux tiers, 58 millions r/2. Sur cette somme, le Tonkin préle\'e 24 millions 1/2, J\Iadagascar 10, le Sénégal et le Soudan 11. C1: sont là les trois gros chapitres qui vont revenir pendant des exercices et des exercices dans nos états financiers. Espérer n'.:duire, à échéance rapprochée, cet\ ·')ntribution n'.:voltante à des largesses sans n.':sultat, pure chimère! Nos colonies ne veulent pas, ne peuvent pas payer le contingent qui dewait leur incomber. Si l'on garde encore quelques illusions, si l'on s'imagine que dans dix ans, dans vingt ans, nos possessions se suffiront ;1 ellesmêmes, qu'on jette un regard sur l'Algérie. Ses dépenses civiles dépassaient ses recettes de 22 millions en 1896, au lieu de 17 en 1888,etde ro en 1880, et cet excédent progressif est naturellement tombé à la charge de la métropole. En outre la France subvient à l'entretien du corps d'occupation qui porte notre quote-part à 70 ou 75 millions (sur un total de 12--1-)D. e 1880 à 1896, nous avons inscrit au passif de l'Algérie 272 millions. Les conservateurs, même les plus renforcés, ne peuvent se dispenser de gémir sur cette situation : « Apres soixante-six ans d'occupation, disait récemment LcroyBeaulieu, ce déficit ne devrait plus exister» (1). <~ On peut se demander, écrivait Burdcau (2), s'il est beaucoup (r) Éco11011tisfrlea11çais. (2) Rapport sur le budget de 1892.
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