La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA COLO::-.IISATION SOUS LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE I 59 universités, pourn1sde hautes recommandations,-· sous-préfets brûlés dans leurs arrondissements par leurs esclandres ou par leurs dettes. L'Algérie a été longtemps une maison centrale pour fonctionnaires ou un asile de refuge pour Mclassés de marque. Les Sapor peuYent encore y fleurir en pleine terre : ils ne trouYeront presque personne pour les gêner. Là même où le pouvoir central a enYoyé quelque directeur honnête, le contact ne s'établira jamais entre la bureaucratie l't l'indigène. Un :igent qui saurait la langue du pays ot'.1il Yit serait immédiatement expcdié ailleurs. Aucune connaissance naiment spccialc n'est exigce des candidats aux emplois. En dépit de l'institution d'une école coloniale, on ne réussit p:is à former des administr:iteurs compétents, prêts à s'adapter aux conditions locales et à tenter une œu,-re scrieuse. L'uniformité, qui est la loi de notre enseignement, sévit ici aYec fureur, et la même cducation est imposce aux futurs commis de l'Indo-Chine, de la Guince et de M:idagascar (1). Pour gagner cles galons et de gros traitements, il suffit de l':ippui d'un scn:iteur ou de la possession d'une grosse fortune. - C:ir la pauYretc est exclue des colonies, de par l'organisation même de l'enseignement technique. Le pou,·oir central n'est ni moins imprc,·oyant, ni moins arbitraire dans l'aménagement du régime cconomique et de la colonisation proprement dite. Le système douanier qu'on a appliqué dans certaines dépendances, en Indo-Chine, au Dahomey, en Tunisie surtout, avant 1890, a cté si rigoureux, si écrasant qu'il a paralysé tout développement pour de longues annfrs. Pour donner la Yie à nos nou,·elles possessions, pour y appeler le prctendu trop-plci;1 de la population mctropolitaine, on a usé successivement de tous les procédcs, qui se sont annulés les uns les autres, et dont le meilleur ne niait rien. Un peu partout, comme en Algcrie, on a recouru tour à tour à la colonisation officielle, puis à l'allocation gratuite des terres, puis à la Yente aux enchères, mais seuls, ou à peu prcs, les aspirants fonctionnaires ont répondu aux offres des pouvoirs publics. On a YU un beau jour, entre autres exemples, un instituteur primaire débarquer aux Comores avec tableaux, pupitres, tables et tabourets, il attendrait encore ses élèves s'il ne s'était resigné à repartir. - Dans un liwe récemment publié, un écrinin conserYateur, M. Hugues le Roux, dccomposait comme il suit la population blanche du centre de Tablatt, près d'Alger : un juge de paix et son suppléant, un greffier et son commis, un interprète et son commis, un hqissier, un receYeur des postes, un gendarme, un receveur des contributions, un porteur de (r) Boutmy : Le Recrule111mldes Ad111i11islraleucrsoloniaux.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==