LA PROPRIETÉ IDÉALE 9 nombre, et nous pOU\'Ons compter les étapes parcourues par le monde latin depuis les ·temps primitifs cl'indiYision propriétaire de la gens représentée par son chef jusqu'à l'individualisme absolu, sous réserve de l'utilité publique, codifie par ,Justinien. La proprieté est le signe tangible en même temps que la source. et la garantie rnatericlle de la liberté personnelle, ci\·ilc et sociale. Il est des temps et des lieux oü le droit ci\·il, qui indique le degré de liberté personnelle dans la société, ne semble pas en rapport avec le droit politique qui lui est contemporain. Ainsi, nous voyons la Rome des Césars croupir sous une honteuse servitude -politique, alors que les institutions civiles ont porlé les garanties de la propriété personnelle à leur plus haut degré de perfection. Inversement, nous \·oyons la démocratique Athenes admettre le jeune homme de dix-huit ans, de seize ans même, au rang de citoyen, bien avant que l'extension du commerce et le èé\'cloppement de l'industrie l'ait contrainte à faire sortir absolument la propriété de l'antique indi·i'ision familiale . .\fais ces contradictions sont généralement de pure apparence. Quand elles sont réelles, elles ne durent pas, une contraction violente se produit pour réunir dans les mêmes mains le pouvoir et la richesse. L'histoire est pleine de ces exemples : Le lendemain des croisades nous montre notamment une noblesse appauYrie, contrainte de céder une partie de sa puissance à la fraction de la plébc qui s'était enrichie par l'industrie et le commerce. C'est de cc moment que date l'abandon graduel par la noblesse du signe le plus évident de la puissance publique : le droit de juridiction, que le souverain, chef de la noblesse,\ l'origine et de\'cnu progrcssiYernent le représentant de la nation tout entière, s'arrogea pour l'exercer par des délégués pris dans le sein de la nation. Cc qui denit finalement .contribuer à amener la noblesse a sa déchéance finale, c'est que, tandis que celle-ci se faisait payer pour remplir les charges publiques, la bourgeoisie payait pour participer au pom·oir. Tandis que celle-là Yi\'ait par la gràcc du souverain, celle-ci virnit et se devcloppait par sa propre volonté de joindre à sa croissante puissance économique la puissance juridique et administratiYe. !l est donc bien exact que, plus la propriété est la chose personnelle de l'individu, plus cet individu est libre, personnellement et socialement. Mais il ne s'ensuit pas rigoureusement que la forme indiYiduelle de la propriété soit la seule qui puisse assurer la liberté personnelle et sociale, ou alors il faut avouer que, la propriété personnelle n'étant accessible qu'a un certain nombre, il n'y aura pas de liberté personnelle ou sociale pour tous les membres de la société. En réalité, ce n'est donc pas parce que l'homme tendait vers plus de liberté que la propriété s'est davantage incorporée à lui, mais parce qu'il conquerait plus complètement la propriété qu'il est devenu plus libre.
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