LA MÉTHODE D'ÉTUDE DE LA QUESTION SOCIALE LI3 publique par bonds formidables et par reculs énormes; chaque fois qu'elle a fait dix pas en ayant, clic s'est hùtcc d'en faire prcsquc·aussitôt sept ou huit en arricrc; tour à tour réYolutionnairc et routinicrc (et l'un parce qlic l'autre), elle a paru sans cesse tiraillée Yiolemmcnt entre deux directions contraires, et, quoique en somme l'ensemble de son éYolution révélc une tendance persistante Ycrs l'achéYcmcnt du régime dcmocratiquc, on peut se demander si son allure saccadcc saura revenir a une marche poscc, tranquille et constamment progressive. Une partie du peuple semble arnir dans le sang l'habitude des mouYcmcnts brusques et des sauts dans l'inconnu; une autre partie, celle qu'on appelle encore la classe dirigeante, a, pcut-ètre a,·cc plus d'intensité, la peur du nouYcau et l'esprit de résistance obstiné contre les transformations que le temps rend inéYitables. Cc double ctat d't1mc parait peu propice aux réformes lentement pn:parées et résolument accomplies. Est-cc chez nous tcmpcrament incorrigible ou ncrYosité passagère duc à de trop fréquentes secousses? Je ne sais et personne ne peut le dire; mais cc que je sais bien, c'est que le rrogrès raisonné, méthodique, continu, est chos1.: désirable, qu'il fait, lui aussi, partie de l'idéal social, et que la science, même sans ètre certaine d'arriver a temps avec des solutions complétcs, a rour but de le rendre rossiblc. Quel que doive ètre le succès de la tentative, c'est une œune à tenter et puisse l'effort des intelligences et des bonnes Yolontés aboutirù une économie de sang, de souffrances et de déchirements! * * * i\Ie voici au bout de 111011 temps et de mon sujet: je n'ai rlus q'u'à conclure. Je n'ai pas oublit'.:, :vlcssicurs, que je parle ici dans un collège, c'est-à-dire en un endroit où il sied d'apporter, non les passions et les querelles des partis, mais l'impartialité sereine que réclame la libre rccherch~ de la Yérité. Vous remarquerez peut-être que j'ai à peine prononcé au cours de cet entretien le mot de socialisme. Non pas que j'aie eu peur d'effaroucher vos oreilles qui doivent entendre quelquefois ce mot-là. Non pas que j'aie craint davantage de rencontrer je ne sais quelle orposition entre socialisme et science sociale. Je les considère au contraire comme inséparables et je n'ai jamais parlé de l'une sans songer à l'autre. C'est d'abord que, dans ma pensée, le socialisme sera triplement scientifique, c'e..st-à-dirc conforme à l'évolution historique, conforme à la justice, conforme à l'intérêt général, ou qu'Îl ne sera pas; c'est ensuite que, dans ma conviction, le socialisme tel qu'il existe aujourd'hui, arrêté dans ses grandes lignes, aboutissant nécessaire de la démocratie, n'a rien à rerdre à passer au crible de la sociologie positive, de la raison et de l'expérience. On pourra
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