La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

REVUE DES REVUES 93 naître une qui a pour principe des sentiments de bie1wcillancc et non des sentiments personnels comme l'éducation des collcgcs. » Apres un siccle; notre idéal socialiste se confond aYec celui de la science pédagogique, de la sociologie et de la philosophie positi\·c. Le dernier Congres international de Londres réclame, dans ses résolutions, « un enseignement ,publ:c ;\ la fois physique, scientifique, artistique et technique, complet à tuus les degrés, depuis le jardin d'enfants jusques et y compris l'Université; rnt enseigne111ent doit être gratuit, les éle\'es receHaient un repas en commun, sans distinction entre riches et pauvres. « Le probleme pédagogit1ue est, comme le montrait déjà Comenius, intimement lié au problcmc économique et par lui à la question morale; la réalisation de notre idéal d'éducation exige avant tout un loisir suffisant de la classe la plus nombreuse, celle des travailleurs. » Ainsi, il n'y a pas plus un problemc de l'enseignement qu'un problemc féministe; contrairement au mot fameux de Gambetta, il n'y a pas des questions sociales, mais une seule qui embrasse toutes les autres et que résoudra la transformation intcgralc d'un monde en dccadencc. Aussi, comme l'affirma le même jour a\·ec éloquence Louis de Brouckere, « il importe d'empêcher que dans la génération qui se lève, tant de forces ne soient, comme dans sa devanciére, perdues pour l'humanité. Il faut faire des hommes, non pas des savants au sens ctroit et spécial du mot, mais des hommes; non pas des artistes exclusifs, incapables de s'cleYer au-dessus de leur art, mais des hommes. Non pas des super-hommes, des hyperboréens dédaigneux du vulgaire, isoles dans leur orgueil et dans la Yanité de leur personnalisme, mais des hommes, des hommes profondément pénétrés de la grandeur et de la dignité de la nature humaine; des hommes sentant dans toutes les fibres de leur chair, tous les replis de leur cerveau, tous les sentiments de leur cœur, les liens étroits qui les rattachent à toute l'humanité; des hommes qui possèdent cette cnergie et cette joie de Yivre qui porte à l'action, habiles des mains comme de la tête, armés de toutes les ressources de la science pour diriger leur conduite, capables des émotions esthétiques qni ennoblissent la vie; des hommes qui puissent faire leur la belle et grande de\·ise antique : « Je suis homme et rien de ce qui est humain ne me demeure étranger. >> Le \'eau d'or a tue les dieux; la Science et l'Amour briseront le Veau d'or. Nous souhaitons la bienvenue à une jeune Renie, le FRA:-ICPARLER (directeur Henri Corbel), dont le titre promet un organe indépendant de plus. PAUL LAGARDE.

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